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Le quatrième mur 1

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Une actualité de Véronique D.
Publié le 04/09/2013

Le quatrième mur est une histoire d’hommes. D’hommes réunis par la volonté d’une « petite maigre » couverte de poussière. D’hommes qui, s'étant découvert le même goût pour l’engagement et  la mise en scène des textes des autres deviennent soudés par l'une de ces amitiés inébranlables qui illuminent toute l'oeuvre de Sorj Chalandon comme autant de pactes que l'on ne peut trahir.

 Il y a Georges, le jeune militant mao qui aime faire le coup de poing et n’hésite pas à payer de sa personne contre les fachos qui lui ont démoli un genou. Et Sam, le grec exilé pour cause de résistance à la dictature des colonels, venu rendre compte de ses combats dans l’université en grève où Georges l’écoute, fasciné. Une amitié naît entre ces deux là qui se sont « devinés comme des animaux contraires. » Un la gaieté, l’autre (Georges), le chagrin, un « le cœur au printemps », l’autre « la gueule en automne ».

Huit ans après leur rencontre, Sam, agonisant sur un lit d’hôpital prend son ami au piège d’une promesse : aller à Beyrouth réaliser son rêve d’y mettre en scène l'Antigone d'Anouilh, l’histoire de « la petite maigre ». Le projet est d’envergure et sent bon l’utopie : le Liban est en guerre et selon le vœu de Sam, chacun des acteurs appartiendra à chacune des communautés en conflit. Georges laisse derrière lui sa femme et sa fillette pour aller se frotter au défi que l'on pressent illusoire d’ « associer les communautés dans un même rêve de paix. »Pour un soir, la kippa se mêlera au "keffieh, au turban, au fez, à la croix, au croissant". Georges part au devant de son funeste destin sur lequel les premières pages du roman ne laissent planer aucun doute. Il a rendez-vous avec sa part d'ombre et de fureur, avec une violence aussi indicible qu'insupportable : la découverte d'Antigone suppliciée dans le camp de Sabra et Chatila.

Comment dès lors redevenir aux yeux de ses proches celui qu'ils ont aimé et connu, comment  taire les morts qu'ils ne sauront jamais ? Comment résister encore à la guerre, obsédante, fascinante ? Et à l'idée du sang versé comme une consolation ou une triste revanche, de celles qui vous font perdre pied à jamais...

Sorj Chalandon livre avec Le quatrième mur l'un de ses textes les plus habités, les plus intimes aussi peut-être et convoque sous la forme de la fiction des épisodes inspirés par son passé de grand reporter de guerre, confronté à une violence dont il ne faut ramener que les faits en taisant l' émotion qui ne relève pas du journalisme. A travers le personnage de Georges qui lui doit tant, l'émotion est enfin là, couchée sur le papier dans un style qui donne la part belle à l'image, avec une force d'évocation qui  glace autant qu'elle  bouleverse. Intense et fiévreux, Le quatrième mur résonne des cris des suppliciés et du cri muet de celui qui assiste, impuissant, au spectacle du monde. Et la dernière page tournée, la tragédie s'achève et vous hante : "tous ceux qui avaient à mourir sont morts. Tous ceux qui croyaient une chose, et puis ceux qui croyaient le contraire -même ceux qui ne croyaient rien et qui se sont trouvés pris dans l'histoire sans y rien comprendre." * Un incontournable de cette rentrée 2013.

*Anouilh.-Antigone (Editions La table ronde)

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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