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Le retour de Philippe Klaudel

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Une actualité de David V.
Publié le 24/11/2014

Philippe ClaudelUn K initial en matière de clin d'oeil pour saluer le prochain Philippe Claudel qui nous offre, presque impromptu, un nouveau roman le 15 septembre prochain chez son éditeur Stock. Le romancier, l'un des plus populaires de France, ose avec L'Enquête une aventure romanesque bien éloignée des sentiers jusqu'alors arpentés par son écriture travaillée. Fable noire menée de main de maître avec un sentiment de jubilation contagieux, ce texte nous rappelle opportunément qu'un bon écrivain peut évoluer où il le désire et que c'est à son honneur d'emmener à sa suite un public souvent trop content de relire sans fin les mêmes oeuvres sous les mêmes noms. Et si le terme de kafkaïen risque de fleurir chez les critiques, et pas sans quelque raison, on serait injuste avec l'auteur de Quelques uns des cent regrets de lui plaquer sur le front une étiquette dont il peut fort bien se passer tant elle serait réductrice et pour tout dire un peu sotte. Les amateurs de réalisme en seront pour leurs frais, on le comprend très vite à suivre les aventures cauchemardesques d'un héros sans nom - c'est sa fonction qui le détermine - venu dans une ville inconnue pour expliquer une série de suicides au sein d'une énorme entreprise (non, non, oubliez France Télécom, Claudel ne fait pas dans la satire sociale).  Car tous les repères et les petites certitudes de notre homme passablement rationnel pour ne pas dire rationaliste se heurtent à un réel fluctuant, des dimensions mobiles, un univers instable qui semble se recréer en permanence : les distances s'étirent, le temps se dilue, la météo devient incompréhensible. Les gens surtout paraissent n'avoir d'autre épaisseur que leur titre : pas de personnalité, pas d'histoire, des gestes, des mots souvent vifs, des scènes stéréotypées  qui échappent à l'entendement, et nous, face à ce spectacle, incrédules et au bord d'un rire qui hésite tant on semble frôler l'horreur. "Ceci n'est pas la réalité, se met à dire l'Enquêteur. Je suis dans un  roman, ou dans un rêve, et d'ailleurs sans doute pas dans un de mes propres rêves, mais dans le rêve de quelqu'un d'autre, un être compliqué, pervers, qui s'amuse à mes dépens". Parce que Philippe Claudel contient son histoire, la redresse chaque fois qu'elle s'éloigne de cette tension dramatique installée dès le début, il réussit magnifiquement son pari et ce n'est pas une mince gageure en des temps où la psychologie régente avec morgue le Roman, où l'ironie impose ses faiblesses et sa facilité, où le sentimentalisme s'égaie dans les vertes prairies du cliché. Bref, dans un paysage littéraire parfois un peu plat, le nouveau roman de Philippe Claudel, en plus de réorienter son oeuvre dont les latitudes s'élargissent, nous apporte un souffle acide qui n'est pas pour nous déplaire. Comment réagiront ses lecteurs ? Nous sommes impatients de le découvrir...

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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