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Le sanctuaire du vice

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Une actualité de Karine G.
Publié le 19/03/2016

1275 âmes, c’est le nombre d’habitants de mon patelin. Je suis bien placé pour le savoir. Pour sûr ! C’est moi qui en suis le shérif. C’est pas le panneau qui dit «Pottsville 1275 hab. » à l’entrée du village qui me contredira. Shérif, vous me direz, c’est pas un mauvais travail, t’as qu’à croire…  « Je me tracasse. J’ai des ennuis par-dessus la tête. » J’en perds l’appétit, et le sommeil. Mais je prends de bonnes résolutions, dernièrement j’ai même « décidé que je ne savais foutre ce que je pourrais bien faire. » Je suis un peu comme qui dirait le Bartleby de la ville. « Je préfèrerais ne pas ». Je préfèrerais ne pas avoir à me mêler des affaires des autres. Je suis pas un mauvais bougre mais bon… Disons que je veux juste éviter de me frotter « à ceux qui ont de quoi se payer une carte d’électeur ». Les autres « les gens de couleur, ou bien de la pauvre racaille de Blancs » à la limite je pourrais. Vous devez vous demander comment je peux rester à mon poste. C’est simple. Qui dans ce patelin aurait intérêt à ce que je mette à besogner ? Tous « des soulauds, des fornicateurs, des incestueux, des feignasses et des salopiaux », du coup, ils « se rendaient compte qu’en élisant mes concurrents, ils n’auraient plus beaucoup l’occasion de rigoler ». Des gens comme vous et moi, quoi, faits à l’image de Dieu, « ce qui me fait penser que j’aimerais pas le rencontrer par une nuit sans lune, celui-là ! »

     Voilà, vous commencez à comprendre dans quel monde je vis. Maintenant, j’en retourne à mes affaires c’est que j’ai du pain sur la planche. Entre la Rosa, la Myra, et Amy, les affaires qu’il faut que j’arrive à éviter, et conserver mon poste, j’ai pas de temps à perdre avec vous, je suis pas là par hasard moi, je dois servir le Seigneur.

     Dans 1275 âmes, il n’y a pas de place pour les sentiments ni pour la demi-mesure, à l’image de son narrateur et du monde qui l’entoure. Ce livre, comme son personnage principal, est profondément caustique, désabusé, porteur de tous les vices mais sans jamais manquer de lucidité sur l’état du monde et de l’humanité. Bon nombre de nos comportements y sont exposés : corruptibilité, individualisme, hypocrisie…

     Bien que non dénué d’humour, ce livre est véritablement poisseux. Il suinte le vice. Mais pour autant, on aurait réellement tort de s’en priver. Un livre à ingurgiter, digérer, avant de le ranger dans sa bibliothèque non loin d’un bon Faulkner, Sanctuaire par exemple.

- Cynisme :            + + +

- Romantisme :    -

- Fatalisme :          + + +

- Espoir :                -

- Corruption :         + + +

- Humour :             +

- Lâcheté :             + +

- Beauté :               -

- Vice :                    + + +

- Hypocrisie :        + + +

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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