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Le Sifflement Dernier

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Une actualité de Marie
Publié le 29/08/2015

10kivirahn-65510476Parce qu'il y a des livres qu'on vous recommande chaudement, parce que vous les mettez dans un coin de votre tête, et parce que ces mêmes livres vous arrivent dans la main au moment où vous en avez le plus besoin, on en viendrait presque à penser que certaines choses ne se produisent pas par hasard. L'homme qui savait la langue des serpents m'est arrivé au moment où j'en avais le plus besoin.

J'avais besoin de fantaisie, d'imaginaire, d'une épopée digne des plus grandes sagas scandinaves, de magie, de poésie, d'animaux fabuleux et d'une œuvre qui me fasse réfléchir. J'avais besoin qu'Andrus Kivirähk et les Éditions Attila me racontent l'histoire de Leemet, le dernier Estonien. Leemet est le seul descendant mâle de son peuple des bois. "Il n'y a plus personne dans la forêt". Les gens sont partis dans le village voisin, où on leur donne des outils modernes pour fabriquer une mousse dure au goût désagréable qu'ils appellent "pain", on leur donne un nouveau nom, de nouveaux dieux en qui croire. Leemet est le dernier. Son oncle lui a durement appris la langue des serpents, qui permet de discuter avec les vipères royales, d'attirer le gibier et se garantir ainsi un bon gigot sur la table du dîner, et de communier avec la nature environnante. Libres dans une forêt idyllique, on peut encore tomber amoureuse et se marier avec un ours, hiberner avec les serpents, se battre sans jambes, rencontrer une salamandre qui vole dans les cieux ou un poisson pluricentenaire las de la vie. On y rencontre des personnages fantasques, qu'on apprendra à aimer ou à détester, du sympathique couple d’anthropopithèques éleveurs de poux au Sage dérangé qui vit dans le même état de fanatisme religieux que les villageois qu'il déteste tant. Leemet évolue et se cherche dans ce monde qui finit sa mutation et qui se modifie de l'intérieur, comme un serpent qui mue et qui rejette son ancienne peau avec dégoût. Il sait qu'il sera le dernier, et viendra un temps où il n'aura plus rien à perdre. Rien n'est beau ou laid, noir ou blanc. Il n'y a pas de gentils ni de méchants, il y a juste des gens et des temps qui changent, des témoins, des réminiscences du passé. A vous de décider si vous voulez les garder ou les anéantir. L'homme qui savait la langue des serpents, c'est une histoire de solitude face au passage du temps, d'une solitude extrême car vous vous savez être le dernier de tout, de votre peuple, de votre histoire, de votre mémoire. Œuvre philosophique autant que pamphlet politique et économique sur le "progrès", une écriture élégante, délicate au service d'une narration parfaite, traduite et postfacée de main de maître par le traducteur Jean-Pierre Minaudier, voilà une fable poétique à la fois drôle et triste, qui donnerait presque envie de se rouler en boule dans un sous-bois, de remonter le temps et vous demander d'où vous venez.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?