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Le son du fort au fond des bois

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Une actualité de David V.
Publié le 19/03/2016

Suomussalmi pendant la guerreLes auteurs scandinaves ont enfin regagné leurs gites froids, nous allons donc pouvoir parler d'eux... Et notamment de l'un  passé pour l'heure inaperçu parmi la multitude de nouveautés (au milieu d'insondables nullités que leur scandinavitude n'excuse pas) et dont l'excellent traducteur Alain Gnaedig a assuré la promotion et rendu les qualités littéraires. Roy Jacobsen est très célèbre en Norvège où il a connu de très larges succès grâce à de gros livres qui magnifient ce petit pays fier de sa langue et soucieux d'une indépendance récente. Mais c'est un court roman se déroulant en Finlande qui nous permet aujourd'hui de faire sa connaissance et d'apprécier ses qualités d'humaniste sans effusion. Les bûcherons nous projette sans ménagement dans une guerre méconnue pour nous, celle qui opposa les Finlandais à l'ogre soviétique au tout début du dernier conflit mondial, sorte de combat entre des poucets héroïques et un géant au pied d'argile, et l'argument de départ est historique : la destruction par les Finlandais de leurs propres villes avant l'arrivée de l'envahisseur. Suomussalmi est le plus symbolique de ces bourgs sacrifiés au nom de la politique de la terre brûlée défensive et on la cite en exemple dans les écoles de guerre depuis l'incendie qui la détruisit presque intégralement. Quand les russes y parvinrent, plus rien ne restait que quelques pans de mur qui furent leur tombeau, harcelés ensuite, au coeur d'un hiver impitoyable, par des soldats que protégeait une forêt impénétrable. Roy Jacobsen intervient dans la Grande Histoire pour y couler la sienne en inventant un personnage, celui de Timmo Vatanen, homme simple qui vit du bois qu'on veut bien l'envoyer couper et qui refuse, simplement, carrément, et sans réfléchir aux conséquences, de quitter les lieux. Plutôt y mourir et encore sans volonté d'héroïsme. La clémence lasse d'un lieutenant qui le prend pour l'idiot du village va lui permettre de rester et de voir les Russes débarquer, furieux mais incapables de se décider à éliminer ce drôle de bonhomme qu'on envoie alimenter le camp en bois et qui regroupe autour de lui un agrégat de gueules cassées condamnées tôt ou tard à finir sous les balles de snipers. Ce que va nous raconter ce roman, affûté comme la lame d'une hache, c'est cette étrange communauté, née dans la tourmente et la mort, ce ramassis que nul ne considère et où pourtant une humanité en perdition renaît dans un paysage de cendre. Timmo, Timmo l'idiot, devient l'âme de ce groupe qu'il va sauver, entraîner dans la fuite, protéger du froid mortel, mais sans jamais prendre la mesure de l'événement qui secoue le monde, sans intellectualiser son aventure dont les échos vont le poursuivre sa vie durant. Les bûcherons est un livre puissant qui ne joue pas la virilité, un roman où passe un souffle. Gallimard a gravé un beau titre sur son tronc centenaire.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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