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Le syndrome de Sorel

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Une actualité de David V.
Publié le 06/07/2014
le havrepas profité de l'ascenseur social et a choisi les bas-fonds du cauchemar pour assumer sa condition d'écrivain maudit, une jeune fille aimée fugacement, une femme qui a échappé à une pulsion meurtrière, son éditrice enfin. Chacun leur tour, ils construisent la figure d'un être qui n'existait que pour l'écriture et dont, bien sûr, Linda Lê se fait un devoir de nous priver du moindre extrait, bâtissant sur le silence de ce double littéraire, sa propre œuvre en action. Linda Lê sait de quoi elle parle quand elle évoque la littérature, les influences, l'infusion de la lecture sur la construction d'un écrivain, et son Œuvres vives bouillonne de cette passion mortelle pour les Lettres, ces prisons infernales dont on ne se libère jamais ("œuvres vives" qui sont la partie immergée de la création comme la coque d'un navire qui reste sous l'eau, à opposer aux "œuvres mortes", celles que l'on voit). Grâce à elle, Le Havre devient un décor hallucinant, la porte des Enfers, et ce n'est pas le moindre plaisir que l'on prend à ce roman impressionnant que cette peinture nuancée de gris d'une ville de perdition. Réflexion sur la littérature et sur la façon dont elle se fait et se vit, sur les limites qu'elle impose et la violence qu'elle engendre chez ceux qui ont passé un pacte avec elle, ce texte obsédant avance en terrain miné et nous rappelle que l'anodin, le superficiel, le vernis, tout ce dont la production littéraire se contente, n'a rien à voir avec les monstrueux tourments qu'elle engendre. C'est de ces tourments que naissent les grandes œuvres comme celle qu'élève depuis plus de vingt ans Linda Lê qu'on redécouvre chaque fois avec vivacité. Il est éclairant qu'elle cite la phrase de Blaise Cendrars tiré de L'Homme foudroyé : " Car écrire c'est brûler vif, mais c'est aussi renaître de ses cendres". Si les auteurs retournent un jour à la poussière dont ils sont nés, les cendres de leurs livres les plus brûlants, ceux qui seuls justifient la littérature, les ressuscitent sans fin. Avis aux souffleurs de brindilles...

Elle a accepté de nous en dire quelques mots devant notre caméra.

http://youtu.be/zqVFTpfHjk8

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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