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Les abîmes de la mémoire

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 09/05/2013

Les hautes falaisesIl est des livres dont la lecture pourrait être comparée à l'ascension d'une montagne : l'effort fourni est toujours récompensé par la beauté du paysage qui s'étale devant soi, une fois au sommet, de telle sorte que l'on doute rarement que cela valait la peine. Si nous n'irons pas jusqu'à comparer la lecture des Hautes falaises ou Les quartiers d'hiver (2) de Jean-Paul Goux1, paru aux éditions Actes Sud, à l'ascension de l'Everest, nous insisterons néanmoins sur le fait que c'est un livre qui se mérite.

Dans ce roman, qui constitue la suite de L'embardée ou les quartiers d'hiver (Actes Sud, 2005)2, le narrateur, un architecte de renom âgé d'une quarantaine d'années se remémore des faits marquants de son enfance, qui ont comme dénominateur commun la présence d'une personne qu'il a revu seulement récemment après de longues années de séparation. Cet homme, c'est Bastien, celui qu'il considérait jadis comme son meilleur ami, un homme à qui Simon doit la découverte de l'altérité, des inégalités (aussi bien sociales que culturelles et intellectuelles), voire même du monde réel en dehors du cocon familial, et qui a exercé son influence sur le narrateur pendant les années cruciales qui vont de la fin de l'enfance au passage à l'âge adulte, jusqu'à ce qu'un évènement aussi inattendu que brutal signe un jour la rupture. Tout cela, Simon le confie aujourd'hui à des amis de longue date au cours d'une conversation en plusieurs parties qui se veut avant tout un monologue. Ainsi, il évoque avec beaucoup de recul ces nombreuses après-midi passées en compagnie de son ami et leurs intenses échanges, qui tournaient beaucoup autour de l'Epine, où se trouvait la résidence secondaire de la famille de Bastien, un lieu mythifié que Simon n'a pas eu l'occasion de visiter par le passé.

Bien que l'adjectif "compliqué" vienne spontanément à notre esprit pour qualifier ce roman, dont il incombe souvent au lecteur de démêler les fils - aussi bien sur les plans syntaxique3 que narratif4 ou énonciatif5 - , Les hautes falaises est caractérisé par sa richesse, sa grande finesse et sa puissance d'évocation. Difficile en effet de ne pas être sensible à la pertinence des réflexions qui le parsèment dans la mesure où celles-ci touchent à des domaines indéniablement universels. En un mot, Jean-Paul Goux signe ici un roman qui figure sans conteste parmi les beaux livres de la rentrée de janvier.


1 Tous les romans de Jean-Paul Goux sont édités par Actes Sud.
2 Notons qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu ce premier volume pour comprendre ce qui se passe dans Les hautes falaises.
3 Il ne faut pas avoir peur des longues périodes écrites en un souffle qui s'étirent parfois sur plus d'une page.
4 La trame narrative, au présent, est ponctuée de souvenirs plus ou moins forts.
5 L'on ne sait pas toujours d'emblée qui prend l'histoire à son compte.
F.A.

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