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Les bonnes du Mississipi

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Une actualité de Marie
Publié le 25/03/2016

C’est une chose que de connaître l’Histoire. C’en est une autre de la vivre. Car au fond, dans La couleur des sentiments de Kathryn Stockett, paru cette semaine chez Babel, c’est bien de cela qu’il s’agit.

L’Histoire, en l’occurrence, c’est la ségrégation raciale aux Etats-Unis. Le livre catapulte son lecteur dans le Mississippi des années 60, l’Etat ségrégationniste par excellence, où l’hypocrite « séparés mais égaux » trouve ses plus fervents défenseurs. Aibileen est bonne chez les Blancs depuis toujours, et a appris à se tenir. C’est moins vrai pour sa meilleure amie Minny, qui se fait souvent renvoyer pour son insolence. Les Noires sont au service des Blanches, c’est comme ça que le monde fonctionne à Jackson, Mississippi, même si le mouvement de protestation des « Droits civiques » commence à faire parler de lui. Une seule personne commence à se poser des questions, Skeeter, la fille des Phelan. Elle rentre juste de la fac, et rêve de devenir écrivain. Ne trouvant pas Constantine, la bonne qui l’a élevée, elle cherche pourquoi personne ne veut rien lui dire. Alors elle va écrire. Écrire quelque chose de risqué, très risqué même : les conditions de vie des bonnes noires, et en faire un livre. A travers les récits d’Aibileen, de Minny et des autres, le lecteur va découvrir leur quotidien, une vie dictée par la réalité sociale sans possibilité de repli. Vous élevez leurs enfants, faites leur cuisine, leur ménage, tout pour plaire à ces ménagères dont le sujet crucial de discussion sont les toilettes à installer pour les domestiques, une question de « santé publique », car on ne voudrait quand même pas partager les toilettes – ni quoique ce soit d’autre, d’ailleurs – avec une personne noire. Au moindre faux-pas, on vous traite de voleuse, on vous empêche de retrouver du travail, on démolit votre vie brique par brique. « Car si les Blancs vous tabassent à mort, apprenez qu’il n’y a rien de pire qu’une Blanche ».

Il y a des choses qui nous paraissent aujourd’hui bien lointaines, même si cela se déroulait il n’y a pas si longtemps. C’est là toute la puissance de l’écriture de Kathryn Stockett : rendre les choses telles qu’elles étaient, dans toute leur force, leur émotion, leur cruauté, mais aussi la beauté d’une amitié à contre-courant et une solidarité à toute épreuve. Une expérience forte et bouleversante que vous n’oublierez pas de sitôt.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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