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Les chants d'Orphée

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Une actualité de Véronique M.
Publié le 16/03/2016

chants-orphee.jpgL'éclectisme ? Vos libraires du pôle "Polar" en pratiquent... tout un rayon, si j'ose dire ! Si vous êtes un habitué des lieux, vous aurez remarqué que la littérature policière occupe certes une majeure partie de l'espace  et qu'elle voisine avec la littérature antique/médiévale, les essais de critique littéraire, de linguistique tout comme avec la littérature érotique sans omettre la poésie qui est la septième corde à... notre lyre.

Nos vitrines tentent donc de refléter cette diversité des disciplines : ce mois-ci, à côté de la sortie en salles du film Millenium qui nous a conduit à mettre en avant la reconnaissable collection Actes noirs d'Actes Sud (qui, dès la mise en place des fameux livres rouges et noirs, fait toujours autant parler les passants curieux de la rue Vital-Carles),  nous avons consacré, pur effet de circonstance, la seconde vitrine à la parution de la revue La pensée de midi éditée par... Actes Sud . Ce numéro 28  qui s'intitule "Les chants d'Orphée" porte le sous-titre "musique et poésie" et s'ancre dans le berceau de la civilisation méditerranéenne qui a vu éclore ce mythe de la Grèce antique dont les racines perdurent encore aujourd'hui à travers des expressions musicales modernes que l'on pensait (à tort) a-poétiques.

L'intérêt de cette publication réside surtout dans une double lecture très pertinente  : à côté des textes de spécialistes passionnés (instrumentistes, musicologues, chanteurs, entre autres) convoqués du monde entier afin de de ce répondre de ce lien à la fois savant et populaire, un CD inédit de plus d'une heure nous fait entendre, ô merveille, toute la richesse d'un répertoire à la fois millénaire et toujours si actuel. Ainsi, la composition de notre vitrine tente de refléter toute la diversité culturelle contenue dans l'écoute originale des 22 morceaux de l'album dans lequel se côtoient des textes antiques (Homère, Sappho) à travers la magnifique chanteuse d'origine grecque Angélique Ionatos, de même que la poésie arabo-andalouse trouve une large place grâce à  des anthologies : chez Phébus/Libretto et dans la belle collection Sindbad/Actes Sud (notamment le fameux Diwân). Leur filiation se prolonge dans des parutions récentes : Portes de Beyrouth du poète libanais Abbas Beydoun, une anthologie arabo-andalouse chez Points, et la publication inédite en format poche d'un texte fondateur de cet héritage, à savoir  Les jardins Suspendus (chez Garnier-Flammarion) repris en partie dans l'anthologie Al-Andalus (même collection). Quelques nouveautés de la maison Al Manar et des livres illustrés au format original publiés par Voix d'encre égayent le plaisir de la découverte de belles éditions associant le texte poétique et des calligraphies évoquant le voyage vers une Méditerranée rêvée.  Comment ne pas songer au dernier récit de l'amoureux de musique Pascal Quignard, Boutès (Galilée), ce compagnon d'infortune d'Ulysse qui succomba au "chant sublime et maléfique des Sirènes" elles-mêmes charmées par la lyre orphique. L'aspect critique du rayon n'a pas été oublié : l'essai intitulé Adonis, le regard d'Orphée a bien entendu trouvé sa place mais aussi des ouvrages de poètes comme L'alliance de la poésie et de la musique d'Yves Bonnefoy ainsi que le petit ouvrage De la poésie (Arléa) de Philippe Jaccottet s'imposaient naturellement ! La musique "traditionnelle" occupe les premiers morceaux du CD joint : on retrouve le fado inspiré par la poétesse portugaise Maria Duarte, des cantillations religieuses, un récitatif baroque du XVIIe siècle italien, la musique arabo-andalouse grâce à laquelle on apprend son influence sur la lyrique courtoise des troubadours et la poésie amoureuse d'Aragon.

Nos collègues du rayon Musique ont été sollicités afin de compléter la sélection par des CD incontournables : Angélique Ionatos interprète des fragments de Sappho, l'opéra Orphée de Gluck (1774), et la musique du film Orfeu negro voisine avec des éditions de textes mis en voix par des "poètes -performeurs" comme Ghérasim Luca et Christian Prigent (Le Bleu du ciel). La réédition récente des Ecrits poétiques (P.O.L) de Christophe Tarkos rappelle le rôle de cet "improvisateur de sa poésie", "faiseur de poésie" à la matière vocale (qu'il nommait sa pâte-mots ou "patmo") précieuse à écouter (rappelons que Tarkos est mort en 2004).  La revue sonore conclue magistralement avec l'extrait de "Nuages" lus par l'auteur sans accompagnement musical  mais avec une parole d'une incroyable présence-absence (une "voix nue", au sens plein). L'émergence de nouvelles formes de pratique oratoire sont également présentes, que ce soit le rap palestinien venu du Liban ou le "slam" qui se fait entendre avec une déclamation du pionnier Felix Jousserand.

Vous aurez compris que la richesse poétique et musicale (deux fonctions ici interchangeables) proposée ne peut se faire comprendre par un trop long discours qui vous invite donc à parcourir cette curieuse mosaïque inédite située entre tradition et modernité pour le prix d'un livre... ou d'un CD ici réunis tant pour le plaisir des yeux que des oreilles de chacun.

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Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

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Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?