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Les cygnes de la Cinquième Avenue - Melanie Benjamin

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Une actualité de Marie-Aurélie
Publié le 18/05/2017
Le Manhattan des années 50, chic et intemporel, est une source inépuisable de fantasmagories et d'idéalisation. Mais sous le somptueux vernis des penthouses sur Central Park et des voitures avec chauffeur se cachent des femmes qui rivalisent avec les tragiques figures antiques.
cygnes.jpgTruman Capote est devenu, grâce à De sang froid, un auteur mondialement reconnu et acclamé par la critique. Mais loin du Kansas et des meurtriers d'une innocente famille de fermiers, il fut une figure emblématique de la Haute société new-yorkaise. Frivole, excentrique, moqueur, exaspérant, le petit trublion a tout du chroniqueur mondain narrant les anecdotes les plus croustillantes à sa petite cour : ses cygnes.

Ces cygnes, comme Truman aime à les appeler, ce sont ces femmes mariées ou remariées à de riches hommes influents, qui dépensent autant de temps que d'argent dans l'art de la séduction. Slim Hayward, Gloria Guinness, Pamela Churchill, CZ Guest, Marella Agnelli et surtout Babe Paley sont les joyaux de la couronne de la Cinquième Avenue. Capote, auteur à succès depuis Petit déjeuner chez Tiffany, est un charmant amuseur. Entre déjeuners à la Côte Basque et soirées au 21, la petite troupe se délecte des ragots sur la Haute société.

Mais au-delà de l'apparente superficialité des rapports de l'auteur et de ses cygnes, Truman et Babe développe une amitié de plus en plus profonde et les conversations se muent en confidences à coeur ouvert. Babe incarne à la perfection la femme huppée new-yorkaise. Belle à tomber, femme au foyer prévenante et amie dévouée, elle suscite autant la jalousie que la fascination. Evidemment ce fourreau idéal n'est qu'un leurre. Ignorée par son mari, Babe est complètement prisonnière de l'image qu'elle se donne tant de mal à construire. Son amitié avec Truman est son unique refuge, elle se confie sans pareil à cet ami si attentif. Car Truman et Babe se ressemblent, au fond ils sont pareils. Incarnant la réussite et la perfection à l'extérieur, ce sont en réalité deux enfants esseulés. Un lien étrange et puissant se tisse entre eux, semble t'il pour toujours.

Mais en 1975, Truman publie dans la revue Esquire une nouvelle intitulée "La Côte basque, 1965". Ce court texte est traversé de part en part de tous les secrets de ses amies, de Slim à Pamela, de Gloria à Marella. Aucune n'est épargnée par la trahison de Capote malgré les pseudonymes dont il a pris soin de les affubler, presque autant pour les humilier que pour réellement masquer leurs identités. Les scandales intimes deviennent des révélations publiques. Personne n'est dupe, tout le monde sait parfaitement qui est qui, y compris Babe.

Suite à la publication de la nouvelle, Truman est mis au ban de la bonne société new-yorkaise, aucune ne lui pardonnera jamais.

Avec Les cygnes de la Cinquième Avenue, Melanie Benjamin signe un roman très réaliste ; on imagine parfaitement Truman Capote et Babe Paley déambuler entre la Cinquième et Park Avenue. On conçoit aussi parfaitement comment ses deux âmes perdues se sont reconnues et comment Capote a autant aimé qu'utilisé les sujets de ses écrits, une fois encore.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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