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Les failles de ce siècle

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 18/03/2016

"Le 12 janvier 2010 à 16 heures 53 minutes, dans un crépuscule qui cherchait déjà ses couleurs de fin et de commencement, Port-au-Prince a été chevauchée moins de quarante secondes par un de ces dieux dont on dit qu'ils se repaissent de chair et de sang.  Chevauchée sauvagement avant de s'écrouler cheveux hirsutes, yeux révulsés, jambes disloquées, sexe béant, exhibant ses entrailles de ferraille et de poussière, ses viscères et son sang. Livrée, habillée, nue, Port-au-Prince n'était pourtant point obscène. Ce qui le fut, c'est sa mise à nu forcée. Ce qui fut obscène et le demeure, c'est le scandale de sa pauvreté."

Ecrit en un souffle à la suite du tremblement de terre du 12 janvier dernier, Failles se présente comme un récit très personnel qui flirte sans conteste avec la confession. L'auteur de La couleur de l'aube - ce superbe roman dont vous pouvez lire la critique en cliquant ici - revient sur cette catastrophe qui ne pouvait que soulever de formidables questionnements. Ainsi, elle nous fait part de ses nombreuses interrogations : celles de la femme, celles de l'écrivain, et celles de l'habitante d'Haïti, trois étiquettes évidemment indissociables qui constituent l'identité de Yanick Lahens. Comment reprendre goût à la vie lorsqu'on a l'impression que le sort s'acharne sur son peuple (ce que sont venus confirmer l'ouragan Thomas et l'épidémie de choléra) ? Comment continuer à écrire et sous quelle forme ? Comment utiliser ce désastre pour chercher un moyen de surmonter l'impasse dans laquelle se trouve le pays depuis si longtemps et aborder de front les problématiques liées à l'ordre social existant - en un mot, comment faire changer les choses ?

S'il est bien évident que Failles séduira les lecteurs de La couleur de l'aube, qui y retrouveront avec bonheur sa puissance d'évocation ainsi que sa prose ciselée, ce livre édifiant intéressera le lectorat français par sa dimension de témoignage et les réflexions qu'il suscite, sans doute plus approfondies et durables que la celles générées par la lecture d'un gros titre ou le visionnage d'un reportage télévisé de 5 secondes.

En attendant, voici quelques mots de l'auteur, rencontrée avec beaucoup d'émotion lors du Festival America.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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