Chargement...
Chargement...

Les guerres de Troie

496_les-guerres-de-troie
Une actualité de David V.
Publié le 09/05/2013

heinrich_schliemann.jpgPeter Ackroyd doit aimer les défis. Quand il ne se lance pas dans une biographie (on lui doit une somme sur Shakespeare et Dickens, un livre sur Chaucer, un pavé sur Londres, entre autres), il se divertit avec des romans qui mêlent une érudition que l'on devine impressionnante et un plaisir de la narration contagieux. Depuis quelques années c'est l'éditeur Philippe Rey qui lui consacre son énergie et son enthousiasme, certain de sa valeur et de la proximité du temps où, précisément, on rendra autant hommage au romancier qu'au biographe. En cette rentrée, on n'a pas encore, nous semble-t-il, rendu justice dans la presse aux qualités de La chute de Troie dont nous sortons tout juste et qui nous a enchantés. Il est vrai que les histoires d'archéologue, quand bien même elles ne mettent pas en scène la sautillant Indiana J. , ont souvent cet attrait de l'aventure rencontrant la science dans ce qu'elle a, parfois, de plus fumeux. On n'échappe pas à cette fausse règle ici puisque le personnage principal, Obermann, très largement inspiré par le fantasque Heinrich Schliemann, est un autodidacte de haute volée imprégné d'Homère et de récits antiques. Son flair, sa folie et son instinct lui ont permis de mettre à jour un site fabuleux qu'il ne veut pas voir comme autre chose que les restes de la Troie anéantie. Il connaît son Homère par coeur et ne veut pas admettre une autre vision qui contredirait le chant de l'aède. Alors peu importe les civilisations qui ont succédé à la cité de Priam, au diable les ancêtres qui ont tout l'air de provenir de l'Inde, il faut qu'ils soient occidentaux, qu'ils soient grecs, et tout ce qui peut indiquer le contraire doit disparaître, dans les flammes et dans le vent. Volontiers pillard, truqueur et escroc, Obermann est malgré tout et toujours animé par un souffle qui donne envie de lui pardonner ses débordements et sa rudesse. La jeune femme qu'il a choisie sur photographie provient d'Ithaque, son mariage a été arrangé par ses parents et l'homme auquel on la marie garde des zones d'ombre qui vont s'éclaircir dans le tumulte et les trépidations d'un chantier mené dans l'urgence et la folie. Fascinée, elle s'immerge dans le passé qui vient se confondre avec le présent, séduite, elle se prend au jeu des fulgurances aiguës de son rouleau compresseur de mari. Le lent crescendo romanesque mené par Ackroyd trouvera, avec une brutalité déconcertante, une chute pour le moins inattendue que nous réserverons au prochain lecteurs de La chute de Troie.

guerre-de-troie.jpg

 

Bibliographie

Abonnement

Derniers articles du blog "Ces mots-là, c'est Mollat" envoyés chaque semaine par mail

Contributeurs

Marilyn (124)

Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

Emilie (119)

"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

Véronique M. (119)

Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !