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Les joies de l'amitié

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Une actualité de David V.
Publié le 18/02/2014
Nous confesserons bien volontiers notre fort penchant pour un écrivain auquel manque encore le large public que sa totale originalité mériterait : Yves Ravey fait partie depuis quelques années de ces auteurs que nous défendons avec force livre après livre, épatés de ne jamais être déçus par ses livres qui s'installent, souvent longtemps, sur la table des favoris. Et la certitude qu'on va passer un étrange moment avec ses personnages n'est pas le moindre des plaisirs qu'il nous prodigue. Avec La fille de mon meilleur ami, son prochain roman à paraître le 6 mars, il continue dans sa veine criminelle avec le monologue d'un looser embrouilleur aux abois et à l'affût d'un bon coup qui lui permettra d'échapper aux conséquences de ses derniers errements. Nous n'irons pas raconter le détail de cette histoire qui n'est pas celle de la fameuse fille en question dont nous découvrons la vie pleine de vicissitudes entre hôpital psychiatrique et boîtes de nuit, obsédé du souci de croiser quelques instants son fils dont on l'a privé très tôt pour le confier à un père et une marâtre et qui suit confiante le meilleur ami de feu son père qui lui a confié in extremis le sort de sa malheureuse enfant et dont le protagoniste, qui n'est pas sans scrupule, exploite à bon compte les errements sans vraiment maîtriser ses tocades. Nous n'irons pas non plus en dire trop sur cet individu louche que le moindre gendarme remarque et suspecte d'instinct, qui flaire les bonnes affaires et agit vite dès qu'il sent qu'il y a quelque chose à en retirer, qui parle beaucoup et noie sous ses arguties ses interlocuteurs après avoir extirpé de sa collection la carte de visite qui fera mouche mais qui, malgré tout, a vraiment la poisse. Nous tairons donc l'intrigue qui louvoie dans un décor provincial glauque : parking, zone commerciale, gendarmerie, motel, usine, n'écoutant que la voix de l'escroc à la petite semaine qui nous dit tout ou presque (et dans ce presque, il y a tout l'art de Ravey) de ces plans tordus avec en tête son principe unique : la fin justifie les moyens. L'auteur d'Un notaire peu ordinaire (qui sort en même temps en poche dans la collection Minuit Double) n'a pas son pareil pour parler de cette vérité qui échappe et qui est au coeur même de toute entreprise romanesque : le faux semblant est son univers, il y est passé maître, ajoutant à son édifice romanesque, chaque fois, une pierre lisse, parfaitement taillée qu'on découvre avec un plaisir malsain, c'est dire l'intensité du nôtre...