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Les yeux d'Elsa

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Une actualité de David V.
Publié le 29/05/2013

Difficile quand on commence dans le métier d'écrivain de posséder un nom que toute la presse connaît : Elsa Fottorino part avec ce handicap que d'aucuns prendraient pour un avantage en lui imputant des faveurs que ce monde impitoyable n'offre pourtant pas. Elle inaugure pourtant une nouvelle collection de littérature de la prestigieuse maison Rivages jusqu'ici surtout connue pour ses découvertes en polar et en littérature étrangère. Confiée à Jean-Philippe Rossignol, cette nouvelle ligne, dont le graphisme élégant surprend, va proposer des voix jeunes ou débutantes ; paraît en même temps d'ailleurs un roman de Léonard Vincent Les Erythréens que nous n'avons pas encore lu.

Ce qui frappe chez Elsa Fottorino, dans ce deuxième roman qui suit le bref  Mes petites morts paru chez Flammarion en 2010, c'est son souci de la musicalité, cette manière concertante de jouer une petite musique qui ressemble à l'héroïne, elle-même musicienne. Comme le dit son jeune éditeur : "Comment vit-on lorsqu’une faille s’agrandit plutôt qu’elle ne s’estompe ?". C'est le centre de ce livre qui nous fait suivre la pensionnnaire volontaire qui se cloître  rue du Docteur-Blanche, à Paris au coeur de ces années 60 qui ne sont pas seulement celles d'une éclosion comme on veut souvent nous le faire croire à coup d'images rétro mais le noir et blanc tyrannise toujours les habits. Face à cette jeune fille qui doute mais veut croire en son possible destin se dresse une société hostile personnifiée dans l'impressionnante figure de l'enseignante, femme qui porte sa frustration comme un étendard dont elle assène des coups aux plus fragiles. L'histoire qui nous est racontée dure à peine plus d'un mois, le temps d'une éclosion ou d'une disparition, d'un effacement. Comme une héroïne de Modiano, Hélène traverse cette histoire où rôdent des fantômes qu'elle est trop jeune pour apprivoiser. A la fois bel hommage décalé aux sixties, film noir & blanc à la bande son sourde et entêtante, Une disparition mériterait de ne pas disparaître trop vite. C'est tout le bien que l'on souhaite à cette jeune figure dont la partition est troublante.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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