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"Lis et traduis ce que tu aimes"

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Une actualité de Véronique M.
Publié le 15/03/2016

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Florence DelayIl aura suffi de ces mots extraordinaires, prononcés par le poète René Char qui joignit la parole initiatrice au geste (en lui offrant les Obras completas de Garcia Lorca dans la première édition espagnole Aguilar, qui venait de paraître en 1955-1956) pour décider de sa vie. Florence Delay ne pouvait certes les oublier ni se départir de ce précieux don, comme si cette formule recélait encore quelque pouvoir magique. C'est cet adoubement prophét(h)ique parmi l'Espagne, ses poètes et son verbe que la romancière (traductrice, essayiste et dramaturge) a conté à un auditoire conquis qui venait l'écouter ce jeudi après-midi à l'occasion de l'inauguration des espagnoles à l'Institut Cervantès de Bordeaux (voir la richesse du programme sur ce blog).

Rencontre avec l'auteur de Mon Espagne or et ciel (Hermann) , mais également évocation dense et vivante, car concrète, de la littérature espagnole à laquelle elle rend hommage tout en restant accessible aux non-initiés, certainement grâce à sa pratique d'enseignante qui lui permet de rendre lisible (et visible!) l'histoire des Lettres de ce pays voisin si proche mais plutôt méconnue, tel l'immense Garcia Lorca en France (dont le Romancero gitano fut rejeté par ses amis surréalistes Bunuel et Dali, puis par Borges comme nous l'apprend le traducteur André Gabastou présent dans la salle)... Une multitude d'anecdotes émaillées d'humour avec une "tendre érudition" selon son interlocuteur journaliste à Sud-Ouest Yves Harté qui correspond parfaitement à l'esprit de cette autobiographie intellectuelle : la parole ne déçoit donc pas la lecture mais y invite au contraire afin de prolonger la connaissance avec l'âme de l'Espagne telle qu'elle anime cette passionnée.

Ainsi, elle nous a offert une approche intime de la littérature espagnole qui nous permet de (re)découvrir des paysages plus ou moins familiers: son amour du théâtre du Siècle d'or avec Calderon et Lope de Vega, son admiration pour Lazarillo de Tormes (grâce auquel elle nous a confiés adorer depuis la saveur des saucisses!), Ramon Gomez de la Serna dont elle a préfacé Seins paru initialement chez André Dimanche (réédité chez Actes Sud- Babel depuis 2006), le metteur en scène argentin Victor Garcia qui n'a pas survécu à son échec de monter les actes sacramentels de Calderon et en hommage duquel elle a écrit L'insuccès de la fête... Elle est revenue longuement sur son amour inconditionnel pour José Bergamin (dont elle nous rapporte l'intérêt de ce dernier grâce notamment au rôle de Jeanne d'Arc qu'elle tint à 20 ans dans le film de Robert Bresson), son "maître" qui lui apprit à faire vivre ensemble ("convivir") les racines du Siècle d'or (XVIIème siècle) avec un sens aigu de la contemporanéité envers laquelle l'académicienne Florence Delay, sévère, juge médiocre la surproduction actuelle...

Si cette venue a certainement aiguisé notre désir de (re)plonger dans les trésors de la littérature espagnole, nous espérons que ces rencontres se prolongeant jusqu'au 23 octobre avec la même Florence Delay (elle referme le festival à la bibliothèque d'Anglet par l'évocation de Bergamin qui finit sa vie en Aquitaine, à Dax précisément) trouveront une résonance au-delà de Bordeaux "ville ibérique", Yves Harté rappellant que la culture à Bordeaux ne se réduit pas à Mauriac. C'est ainsi que Florence Delay nous a fait part des liens étroits qui ont toujours uni la France et l'Espagne depuis la "fièvre" du Grand Siècle (Corneille, Sorel, Baltazar Gracian qui influença La Rochefoucauld...) jusqu'au XIXème siècle (les voyages des écrivains comme Gautier, l'inscription de l'Espagne dans les drames romantiques de Victor Hugo: Hernani, Ruy Blas...) avant de connaître un certain recul au XXème siècle, voire un oubli qu'on aura réparé grâce au succès de ces espagnoles automnales.

Précisons que la rencontre se poursuit actuellement en salles avec l'américain Woody Allen qui a tourné son dernier film à Barcelone, mais bien sûr en peinture avec l'alléchante exposition Picasso à Paris qui fait elle aussi coexister et dialoguer à sa manière maîtres anciens et modernité.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?