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Lune de fiel

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Une actualité de Gwénaël Rocher
Publié le 15/03/2016

Zeruya ShalevOn peut être israélienne, être née dans un kibboutz, avoir été gravement blessée dans un attentat à Jérusalem, et ne pas parler de politique. La preuve avec Zeruha Shalev qui, contrairement à l'illustre triumvirat Grossman-Oz-Yehoshua, préfère décrire les remous de la vie de couple plutôt que pérorer sur les problèmes politiques inhérents à son pays. Et s'il est question de politique, c'est toujours avec finesse et subtilité, à travers une tension ambiante qui ne se nomme pas, l'omniprésence des gardes, la place où l'on s'assied dans les cafés, les regards inquiets.

Aujourd'hui en Folio, Thèra, qui est l'ultime volet d'une trilogie amorcée en 2000 avec Vie amoureuse, et poursuivie avec Mari et femme en 2002, s'aventure dans les territoires profonds de l'amour et des tumultes provoqués par la fin de la passion. Ella, aussi fragile que Thèra, l'île grecque éponyme jadis dévastée par une éruption volcanique, décide de mettre fin à dix ans de mariage. Mais ce qui aurait pu être une délivrance, une impression de liberté retrouvée, se mue rapidement en un sentiment d'angoisse et de repli sur soi. Entre le doute qui la dévore et la pression de ses proches, a-t-elle vraiment fait le bon choix ? Guili, son fils, comprendra-t-il un jour sa décision ? Et puisqu'il faut bien se reconstruire, Ella va faire la rencontre d'Oded, un psychanalyste qui va lui fournir quelques clés pour éclairer son comportement, ce qui va donner lieu à quelques pages d'une force et d'une justesse proprement saisissantes.

Zeruha Shalev a réussi le pari de nous livrer un très beau portrait de femme qui se cherche, versée dans une sorte de bipolarité qui la fait toujours douter de ses choix, en proie à des fluctuations incessantes. La prose est poétique, nerveuse, on y sent un souffle, entre inspiration et expiration. Comme peut l'être la vie, c'est toxique et doux à la fois, c'est donc terriblement authentique. La romancière israélienne sait mettre en scène des personnages qui nous ressemblent et qui vivent des situations qui peuvent être vécues dans toutes les villes du monde, c'est pourquoi elle rencontre un aussi grand succès tant dans son pays qu'à l'étranger. En trois romans, elle a su s'imposer parmi la nouvelle génération de la littérature israélienne, génération qui s'émancipe du passé pour proposer des thèmes plus universels, comme l'amour, la mort ou encore l'existence. A l'image de Thèra, Folio

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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