Chargement...
Chargement...

Luxe, calme et volupté

2417_luxe-calme-et-volupte
Une actualité de David V.
Publié le 19/03/2016

Intérieur avec une femme jouant de l’épinette, E.De WitteVois sur ces canaux / Dormir ces vaisseaux...

La couleur des ports hollandais est au coeur du premier roman de Gaëlle Josse édité par Autrement, un superbe petit texte qui nous fait voyager en 1667, âge d'or du commerce batave. Se présentant comme le journal tenu pendant à peine plus d'un mois de l'automne par une femme dont la maturité aiguise l'esprit d'analyse, Les heures silencieuses est un exercice de contemplation secrète dont l'éloignement temporel ne fait que souligner la richesse. Magdalena Van Beyeren confie à mots feutrés la douce tristesse d'un destin de femme en un temps où, vouées à la tenue d'une maison et à l'éducation des enfants, celles-ci regardaient les hommes décider à leur place, leur imposant des décisions parfois brutales. Pourtant Magdalena, très proche d'un père meurtri de n'avoir eu que des filles, a très tôt rempli auprès de lui le rôle de conseil, de soutien qu'on attendrait d'un héritier, se glissant au milieu des cordages de la flotte de cet armateur ambitieux, se faisant accepter par ce milieu masculin qui a compris la finesse de ses intuitions pour finir, cependant, en bonne épouse par voir son mari devenir le maître et la reléguer devant son épinette à imaginer un autre destin. Mère attentive, femme de tête, elle dissimule quelques tourments que la décence interdit de confier. Inspiré par un tableau d'Emmanuel De Witte, le roman trouve son essence dans cette vue d'un intérieur où la maîtresse des lieux masque un visage que son miroir ne renvoie pas : c'est pour elle seule qu'elle déroule le fil d'une vie, poursuivie par le fantôme de la jeune femme prometteuse qu'elle était. Gaëlle Josse a choisi l'art du miniaturiste, de la touche précise, sans cette emphase qui rend la plupart des romans historiques ennuyeux. Sa Magdalena nous touche parce qu'elle ne gémit pas, qu'elle contient des sanglots qui étonneraient ses proches. Un mois pour se raconter dans le silence d'heures émouvantes. Voilà un livre qui vieillira bien, on peut l'espérer et imaginer pour cet auteur le début d'un destin d'écrivain.

Abonnement

Derniers articles du blog "Ces mots-là, c'est Mollat" envoyés chaque semaine par mail

Contributeurs

Marilyn (124)

Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

Emilie (119)

"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

Véronique M. (119)

Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !