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Ma grand-mère, mon bourreau

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Une actualité de David V.
Publié le 17/08/2013

Pavel SanaïevCessons de toujours prononcer le mot "grand-mère" avec cette pointe de douceur chargée d'en atténuer le côté rugissant ou de lui préférer le délicat "mamie" qui cache la rudesse de ces êtres sous ses "m" maternels. Car il y a parmi elles de terribles dragons qu'on ne souhaiterait à aucun preux chevalier fut-il teutonique. Celle qui occupe tout l'espace vital du premier roman traduit de Pavel Sanaïev aux inventifs Allusifs est à ranger dans cette catégorie. L'acharnement qu'elle met à soigner son petit-fils, retiré à sa propre fille à laquelle elle dénie tout droit d'éducation, est exemplaire des excès que l'amour peut engendrer quand il vire au délire : interdiction est faite au petit garçon de suer, de s'agiter, de sortir d'un périmètre circonscrit, d'avaler des bonbons, de ne pas être toujours enroulé d'écharpes, de fréquenter ses camarades, de s'amuser (ça fait suer, c'est évident), de protester quand on le médicamente (et il a droit à sa dose), bref de se plaindre. Il a en revanche le devoir d'écouter cette vieille dame éructer d'abominables insultes à son endroit (un carrousel d'idées pour vos futures altercations familiales), incendier son mari qui a choisi la fuite pour se protéger, de ne pas dire trop de bien de sa mère vouée aux gémonies, d'endurer toutes ces petites tortures qui font son quotidien, etc....Je suis mal parti en vous racontant le livre ainsi car, bien entendu, Enterrez-moi sous le carrelage n'est pas un héritier d'Hector Malot. Le charme indéniable de ce roman qui suit les oscillations de la grand-mère hystérique tient à sa manière de laisser un enfant parler, dévidant sa hargne et sa drôlerie, découvrant en même temps qu'il grandit que la folie est le coeur du monde des adultes et que faire l'épreuve de l'excès très tôt vous rend insubmersible. Bien sûr s'entendre répéter à longueur de temps qu'on est une charogne et qu' à seize ans on sera définitivement pourri, ne devrait pas aider à évacuer les névroses mais justement, comme le petit héros des Cendres d'Angela de Frank McCourt, parcouru d'un élan vital qui le sauvait de la mort, Sacha conjure cette ambiance de disparition annoncée par des échappées oniriques qui font tout le sel de ce livre. Rythmé, débridé, avec ces morceaux de bravoure qui signent le véritable écrivain, Enterrez-moi sous le carrelage est mieux qu'un remède au froid et à l'ennui (par ce temps on est vraiment réceptif au climat de l'histoire...), c'est une découverte qui devrait faire son chemin.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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