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Malaparte bon apôtre

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Une actualité de David V.
Publié le 24/08/2013

Curzio MalaparteOn ne cesse plus de redécouvrir Curzio Malaparte, cet inclassable auteur italien difficile à étiqueter (et donc suspect), qui réserve pourtant à ceux qui surmontent leurs préventions une belle rencontre. Une double actualité le remet un temps sur le devant d'une scène qu'il n'aurait jamais dû quitter. Finitude, un éditeur habitué de ses colonnes et qui a droit à la redoutable protection de Michel Ohl, impitoyable pourfendeur de ceux qui s'aviseraient de le menacer, vient de ressortir un de ses titres les plus anciens Du côté de chez Malaparte édité il y a fort longtemps par Jean Forton quand celui-ci, jeune homme, dirigeait une revue, La boîte à clous, dont il rêva un temps de faire une maison d'édition, sollicitant ainsi pour commencer un bordelais qui alors impressionnait par sa puissance, Raymond Guérin, ami de Kurt-Erich Suckert, plus connu sous le nom de Malaparte (parce que Bonaparte était déjà pris...), et qui eut l'idée de raconter quelques jours de villégiature dans la fabuleuse maison de celui-ci, la Casa come me, qui servira plus tard de décor à Jean-Luc Godard et d'écrin à Brigitte Bardot, un petit livre augmenté cette fois-ci de documents inédits miraculeusement redécouverts par l'éditeur d'André Vers (tout cela pour dire que Misère du matin est ressorti lui aussi et qu'il mériterait un peu plus d'attention) et qui font tout l'intérêt de cette remise en vente, même si celle-ci ne doit pas cacher que le petit événement malapartien est cette fois-ci à mettre à l'actif de Quai Voltaire qui nous offre un merveilleux petit inédit du solitaire de Capri, Le compagnon de voyage, sorti en Italie à l'occasion du cinquantième anniversaire de sa mort: pas vraiment un roman, soyons honnête, pas non plus un scénario même si le projet d'en faire un film était très avancé, il s'agit d'un court texte, très épuré dont les silences et les murmures pèsent autant que les soubresauts qu'il raconte. Histoire de guerre et de misère, d'une profonde humanité mais sans ce moralisme qui ternit les plus belles idées, ce bref roman met en scène un soldat, de la race des vaincus mais non de celle perdants, qui est décidé à honorer coûte que coûte la promesse, faite à son officier au moment de sa mort, de ramener sa dépouille chez lui et va traverser un pays dévasté par des années de guerre le cercueil juché sur son âne. Commencé en 1946, repris en 1956 dans le dessein de le mettre en images, Le compagnon du matin contient toute l'essence et la puissance de la colère de Malaparte, écoeuré par son pays et les "pantalonnades" de ses chefs, de ses militaires, de ses politiques, mais aussi toute sa compassion pour ces opprimés sur lesquels l'Histoire roule, impitoyable et pressée, et notamment les femmes, premières victimes des ivresses et des gueules de bois des mâles, et ici c'est Concetta qui les représente. Si l'on a lu aucun roman de Malaparte malgré les récentes rééditions de Kaputt, La Peau, (chez Denoël)et Technique du coup d'état (dans les Cahiers rouges de Grasset), on aura donc grand intérêt à passer une heure avec ce Compagnon : sa force est inversement proportionnelle à sa taille.

Curzio Malaparte

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