Chargement...
Chargement...

Mamie morte

2533_mamie-morte
Une actualité de David V.
Publié le 19/03/2016

Noëlle Revaz © Janine Jousson-AMamie tarde tout de même un peu à trépasser. C'est pas qu'on l'aime plus mais elle en met du temps à passer l'arme à gauche pour laisser le champ libre et l'armoire pleine à la génération suivante qui trépigne. Mamie s'accroche mais ne cherchez pas à entendre sa voix, on ne sait pas trop où elle est, le soliloque d'une bavarde couvre jusqu'à sa respiration. C'est pas qu'on lui veut du mal à l'ancêtre, c'est  pas qu'on lui en ferait mais comment réaliser ses rêves quand elle bloque tout ? Sur ce mince argument, Noëlle Revaz, un auteur rarissime dont on guette les livres depuis le génial Rapport aux bêtes, tisse un monologue obsédant et d'un comique oppressant autour de l'infernale et inavouable (en temps normal) attente. Le vieux c'est insupportable quand ça résiste, et c'est intenable quand on ne sait plus résister devant l'agacement, la colère, l'impatience qui montent et qu'on n'a pas l'intelligence de contenir. Avec Quand Mamie (édité par l'indispensable maison helvète Zoe), l'auteur d'Efina s'en donne à coeur joie et à choeur joie, avec cette succession-juxtaposition  de phrases qui ressassent jusqu'au vertige l'hypothèse combien banale mais pourtant si nécessaire : Mamie doit mourir. Car, elle partie, tout sera possible : voyager, dépenser, agrandir, se reproduire, vivre enfin et non plus repousser sans fin le moment de jouir et d'être. Fatale illusion car on comprend vite que Mamie, sous quelque forme que ce soit, ne mourra jamais. Rapport aux vaches emportait par la folie de cette langue faussement pauvre placée dans la bouche d'un bouseux. Avec Quand Mamie c'est la même folie langagière qui saisit, nous rappelant que loin du délire qui se dévide devant nous c'est l'insensé de la langue qui possède ce livre et en vient à nous posséder. Rare, trop rare Noëlle Revaz.

Bibliographie