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Marc Pautrel et les adverbes

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Une actualité de David V.
Publié le 07/10/2014

logo briveL'air de rien, Marc Pautrel nous intrigue.

Son quatrième livre à peine paru chez Gallimard dans la collection L'Infini de Sollers, Orpheline, est aussi bref que les précédents, travaillé jusqu'à l'os afin qu'il n'y ait rien de trop. Le trop est l'ennemi de Marc Pautrel qui écrit au présent de l'indicatif et n'a donc pas de problème de concordance des temps, mais n'a pas encore vaincu les adverbes qui viennent parfois se déverser dans ses minces lignes : " Elle sanglote lentement, avec une incroyable discrétion, et cela dure longuement, c'est une plainte lente et basse, qui s'arrête finalement d'un coup, ..." Suivront seulement, subitement, distinctement, vraiment, parfaitement... C'est la petite faiblesse de cet auteur qui parvient pourtant avec ses petites centaines de vocables (comme Racine) à raconter un destin : simplement, pourrait-on dire...  Le gémissement lent est dans sa nature, ses héroïnes souffrent, tyrannisées par leur enfance déchirée et il les ausculte avec la douceur impitoyable d'un entomologiste amateur qui n'a plus le droit d'arracher les ailes des mouches mais peut s'étourdir à les regarder tenter de franchir une vitre. Le livre commence par une citation de l'Evangile de Jean où il est question de Lazare le ressuscité, et on pourra passer tout le livre à comprendre sa présence qu'on ne résoudra pas ce mystère car ici point de résurrection, point d'Apocalypse. Orpheline, c'est l'histoire d'une jeune femme qui est jolie et qui a de beaux cheveux (c'est dit plusieurs fois, ce doit être significatif) et qui a du mal avec les hommes qu'elle n'arrive pas à garder (et pourtant elle est jolie). Mais ça vient de l'enfance, de cette mère abandonnante ou abandonneuse qui s'est balancée à la rivière en laissant derrière elle la petite dernière, ça vient de ce passé qui ne se surmonte pas et de cette vieillesse qui se profile inexorablement avec la mort au bout, cette mort qui permettra de retrouver la mère sans doute toute humide de son séjour dans l'eau. La bipolarité doit fasciner l'auteur (c'était le sujet de son précédent livre Polaire) car l'orpheline par bien des points donne le sentiment de monter et descendre : " Certains jours tout va bien, d'autres jours c'est la crise d'angoisse, la dérive, envie de pleurer encore et encore".  Marc Pautrel fait dans le bref, c'est sa grande force, ce qui donne son prix à ses livres (mais 12 € pour 70 pages c'est un peu cher malgré tout), mélange de naïveté et de puissance, cette puissance que poursuivent ceux qui sont convaincus que la littérature est au centre de tout et permet toutes les résurrections. Marc Pautrel croit Infiniment à la littérature, chacun de ses livres le prouve. A la fin de son roman, nous apprenons, négligemment, qu'il a bénéficié du programme "Soutien à la mobilité internationale des artistes et créateurs" de la région Aquitaine : que voilà une belle formule cette "mobilité internationale", de la belle langue creuse et administrative qui conclue bizarrement, étrangement, curieusement, voire drôlement un petit opus très ambitieux et très léger qui s'envolera au premier courant d'air, plume tourmentée dans un ciel gris. Gentiment.

 

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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