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Marin de Norvège

704_marin-de-norvege
Une actualité de David V.
Publié le 09/05/2013

Nordhal Grieg

 

 

S'il n'y avait cette couverture vert pâle orné d'une mystérieuse vignette de Paradjanov (qui ne fut donc pas seulement cinéaste et écrivain mais aussi peintre) qui tempère notre élan (la couleur pas la vignette, quoique l'on saisisse mal le rapport entre la scène dessinée et le contenu du livre), nous lâcherions un hourra maritime et définitif au sujet de la réédition d'un des plus parfaits récits de mer de la littérature du XX° siècle. Dépassons donc la couverture de ce livre de Nordahl Grieg qui méritait vraiment qu'un éditeur avisé s'y attaquât (on a déjà eu l'occasion ici, à propos de l'édition de deux textes de Revueltas par les mêmes Fondeurs de brique, de souligner la grande qualité du travail de ce petit éditeur) pour nous intéresser à son contenu. Le navire poursuit sa route parut en Norvège en 1924 et marqua durablement les esprits, pas seulement parce que l'auteur était le neveu du grand Edvard Grieg, monument norvégien, mais parce que sur un sujet aussi sensible que la vie des marins, pour un peuple qui s'était depuis longtemps illustré sur ce territoire impitoyable, ce récit frappait un grand coup. On en voulut longtemps chez les marins à Grieg d'avoir osé briser l'image flatteuse qu'il répandaient d'eux depuis des siècles. Car, refus de la mythologie et des clichés, souffle à la Conrad qui fait de simples créatures des sujets de paraboles sans Dieu, accent melvillien pour la quête éperdue et inutile d'un destin qui se dérobe, ce texte ne laisse aucun répit, n'enrobe rien et reste pourtant d'une impressionnante humanité. Son héros, le tout jeune Benjamin, est projeté dans la soute d'un navire où il croyait trouver la joie pure et l'ivresse des voyages et où il ne découvre qu'une mort qui fauche les uns après les autres les marins sans distinction, que la puissance destructrice des océans qui révèlent plus les peurs que les héros, que la maladie qui vient attaquer les marins quand ils touchent au port, que l'abandon impitoyable de ceux qui n'en peuvent plus. Et malgré cela la vie qui bat dans chacun de ces êtres frustes, la colère et l'amitié, la compréhension du destin, l'exaltation confrontée au réel. Livre fort et sans fard, Le navire poursuit sa route (cette phrase, obsédante et impitoyable, rythme tous les épisodes du récit) a, nous dit l'éditeur, tellement marqué le génial Malcolm Lowry qu'il s'est lui-même embarqué dans un cargo, origine de son oeuvre d'écrivain. A l'issue de la lecture secouante de cette oeuvre on le comprend et on voudrait que, comme lui, les futurs coureurs d'aventures, s'il en reste, prennent le temps de se plonger à fond de câle dans cet univers. C'est une initiation et un remède sans égal.

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