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Mephisto dans le Blayais

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 24/11/2014

2010_chantiers_blaye_h160.jpgIl valait mieux être muni d'une carte ou d'un GPS et relativement motivé pour assister à l'une des représentations du Festival Les Chantiers de Blaye hier soir. En effet, c'est le chemin de Saint-Christoly-de-Blaye qu'il fallait trouver, afin de pouvoir grossir les rangs des spectateurs déjà nombreux réunis dans la salle Vox pour apprécier le Mephisto de Klaus Mann dans son adaptation réalisée par la grande Ariane Mnouchkine en 1979, et ici mis en scène par Jean-Marc Druet et Catherine Andrault.

Pour ceux d'entre vous qui ne connaissent pas ce texte, il s'agit de l'examen des réactions du peuple allemand face à la montée en puissance du nazisme (pendant la décennie qui précède l'arrivée au pouvoir de Hitler en 1933) par le prisme d'un microcosme clairement identifié - une compagnie de théâtre baptisée L'Oiseau de rage. Tandis que les personnages se positionnent peu à peu sur l'éventail des attitudes possibles face à l'émergence d'un régime totalitaire, allant du suicide à la collaboration en passant par la fuite et l'attentisme, c'est le destin d'un homme en particulier qui retiendra notre attention. Hendrick Höfgen réalisera en effet grand écart idéologique surprenant, passant brutalement du communisme au national-socialisme, formidable retournement de veste que celui de ce caméléon politique dont le seul objectif dans la vie est le succès sur les planches. Pour la petite histoire, notons que Klaus Mann s'était inspiré d'un homme bel et bien réel pour dessiner les contours de cet arriviste criant - son beau-frère, qui répondait au nom de Gustaf Gründgens.

Si cette pièce soulève des questions éminemment universelles, telles que le rapport entre l'art et le pouvoir, la dictature, la propagande, la faiblesse humaine, elle aborde également des problématiques plus proprement liées au théâtre. Elle permet en effet de réfléchir à différentes conceptions de la création théâtrale (représentation de la réalité vs. distraction pure, engagement politique vs. neutralité, etc.), et ce par le biais d'une mise en abyme pour le moins manifeste.

Pour autant, plus que l'intérêt du texte de Klaus Mann, c'est avant tout l'efficacité de cette représentation que l'on aimerait souligner ici. Menée tambour battant par des acteurs prometteurs et surtout portée par la performance remarquable de Pierre Eyquem dans le rôle de Hendrick Höfgen et de Mathilde Maumont, qui incarnait Erika Brückner, cette représentation fut une véritable réussite. Qui plus est, grâce au rythme insufflé par la succession de tableaux plus ou moins courts et à la ponctuation que constituaient une savante sélection d'extraits musicaux, dont certains empruntés à Beethoven et à Chopin, tout juste s'est-on rendu compte à la sortie que trois heures venaient de s'écouler.

C'est au prix de dix-huit mois de répétition que cette troupe composée d'une vingtaine d'acteurs est parvenue à un tel succès, nous a-t-on confié à l'issue de la soirée. Et ce n'était pas en vain : la salle était comble ! Pour ceux d'entre vous qui n'ont pas pu se déplacer hier soir, sachez que deux autres représentations auront lieu d'ici la fin de l'année (la première à Marcillac le 16 octobre et la seconde à Saint André de Cubzac le 20 novembre), alors à vos tickets !

F.A.

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