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Merde à qui ?

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Une actualité de David V.
Publié le 30/08/2013

Marcel PaquetA Jésus ?! Oui mais c'est José qui le dit... José de Nazareth, le frère malheureux et méconnu de J.-C. qui s'est enfin décidé à prendre la plume pour rétablir la vérité. Cela n'a jamais été une sinécure pour lui d'être l'ainé de ce Dieu en puissance et maintenant qu'il a vieilli et que ses enfants sont en âge de comprendre il leur délivre un court message, un rien colère, "pour leur demander pardon de les avoir engendrés sans savoir ce qu'était cette existence". Un rien repentant, un brin remonté, José déballe tout sur son cadet et tente d'expliquer ainsi le ratage de sa vie. On se doute bien que Jésus ne va pas sortir grandi de ce règlement de compte familial car la méchanceté et la vengeance ne s'exercent jamais aussi bien qu'à l'intérieur de ce cercle peu sacré. Il faut dire que le garçon a de quoi susciter l'agacement et l'inquiétude et malgré des côtés profondément attachants sa passion pour la Bible qu'il pratique littéralement est de mauvais augure : très tôt il se pense démiurge, très vite il découvre ses qualités de manipulateur, très rapidement il s'enivre de ce pouvoir sur les autres que sa ferveur engendre. Cette radiographie de la naissance d'un fanatique est d'autant plus troublante qu'elle reste pondérée et que malgré le titre très provocateur, ce bon gros José reste modéré, plus effaré que violent. Car c'est bien le propos de Marcel Paquet, ce belge philosophe (ou ce philosophe belge), que de nous inviter, par cette satire, à peser l'importance du délire dans la naissance des religions, cette part de folie qui transforme des images en rituels et des simagrées en révélations. Paquet nous invite à en sourire de peur d'avoir à en frémir, nous laissant entendre que chaque inventeur de religion dissimule un "criminel", Jésus quant à lui coupable d'avoir voulu "faire épouser aux hommes une cause utopique en voulant leur faire endosser une faute imaginaire et, dès lors, impossible à expier." Avec ce malentendu terrible, José sent poindre le début d'une longue nuit. En est-on sorti ? Et par quelle autre obscurité la remplacera-t-on ?

Une demi-heure de lecture tonifiante, voilà qui ne doit pas être boudé en cet avent où un autre genre de sacré a pris le dessus. Et pour renfort de potage, Marcel Paquet vient de sortir une "suite" : Marie et les Jean qui ne manque pas de piquant ou plutôt d'épines.

 

Merde à Jésus, Marcel Paquet, La différence, collection Minos.

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