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Mon grand appartement, roman de l'évidence

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Une actualité de Marion L.
Publié le 11/12/2015

osterJ'ai rencontré quelqu'un. Avec cette personne, cela m'a semblé évident. Primordial. Je ne saurais pas décrire cela autrement. Je pense que cela arrive à beaucoup d'entre nous. La personne est là, devant nous, on voudrait pouvoir décrire cette sensation qui colle au cœur mais il n'y a rien à dire. C'est évident. Primordial.

C'est là que Christian Oster est un génie. Il met les mots sur l'évidence. Il dit le vide et le doute. Il saisit l'absent. Mon Grand appartement, c'est chaque mot à sa place et pas un mot de trop. Et je suis là, bouche bée.

En témoigne la quatrième de couverture :

« Je ne retrouvais plus mes clés. Et Anne n'était pas rentrée. J'ai donc dormi à l'hôtel. Pas de message sur mon répondeur, hormis celui de Marge qui me donnait rendez-vous à la piscine. C'est là que j'ai rencontré Flore. Elle attendait un enfant. Ça tombait bien : moi aussi. »

Tout est là.

Pour autant, ce n'est pas un roman d'amour. C'est un roman de l'Amour. C'est l'histoire d'un homme qui, parce qu'il fait la bonne rencontre, est prêt à faire l'effort. Luc Gavarine, c'est ce personnage dont on ignore s'il est complètement fou ou indubitablement le plus lucide d'entre nous. Lorsqu'il perd sa serviette dans laquelle étaient ses clefs, il se retrouve sur le seuil de son appartement - un appartement dans lequel on n'entrera par ailleurs jamais. Commence alors une longue fuite en avant pour ce personnage qui, en quelques pages, se sépare d'une femme, rejoint une autre, et tombe fou amoureux d'une troisième. Tout chez Gavarine non seulement pose mais impose des questions sur le sentiment amoureux, la peur de la solitude, la jalousie. Il a conscience que la perte de sa serviette a bien failli être la raison de sa chute car il est étonnamment le parfait juge de ses vides et de ses pleins :

« S'attendre au pire, à quelque chose de pis que la chute, tout en chutant, c'était un peu la conception que j'avais de la vie. »

Heureusement, il y a Flore, enceinte comme si c'était un détail. Elle est une éclaircie. Un miracle. Une mise au point.

« Le Ciel, quelque part, à un moment quelconque, avait dû la concevoir tout exprès dans le dessein de me l'envoyer et, me disais-je, tu ne peux faire moins, face à un tel don, que de l'accepter. Mais également, sur ce don, tu dois te renchérir. Il va falloir que tu donnes, oui, me disais-je, comme tu as donné, déjà, bien sûr, sauf que cette fois est la bonne, la seule vraie fois. Il n'y en a pas eu d'autre, il n'y en aura pas d'autre. Et tu peux prendre ton temps, maintenant. Tu sais à quoi t'en tenir. Tout peut s'écrouler autour de toi, ça n'y changera rien, un enfant sous tes yeux se noiera, tu ne le sauveras pas, tu ne l'auras pas vu, tu seras ailleurs, dans ce que te promet cette femme.»

Ce roman est formidable. D'une tendresse sans limite. Drôle. Délicat. On n'oublie pas Mon Grand appartement. Quand je passe devant ma bibliothèque, c'est un peu comme si Gavarine me souriait. Il y a ce clin d’œil complice entre lui et moi, l'un comme l'autre aux prises avec la flagrance d'un amour pour lequel on veut faire l'effort.

C'est un roman évident.

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Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !