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Mon père, ce mystère

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Une actualité de David V.
Publié le 17/08/2013

John BurnsideJohn Burnside est poète et nous n'en saurons peut-être rien car traduire les poètes chez nous tient de l'apostolat et aucun éditeur ne s'est risqué à traduire la poésie de cet auteur écossais dont nous célébrons depuis quelques années les romans (dans les pays anglo-saxons, il n'y a pas comme chez nous cette coupure entre poésie et roman, on va de l'un à l'autre comme sur une même terre). Le livre que sort Anne-Marie Métailié, s'il n'appartient pas au genre poétique n'est cependant pas un roman. Livre fort, récit qui creuse profond dans une souffrance qui a été la compagne d'une vie, Un mensonge sur mon père est la patiente analyse d'un cas particulier qui concerne tout le monde, la figure paternelle. Sauf que celui qu' a eu à subir Burnside n'a rien d'un modèle, d'un héros, c'est un raté, un vélléitaire qui a pris le parti d'empoisonner la vie de sa famille parce que chacun de ses rêves, de ses fantasmes, s'est effondré sous les coups de butoir de l'alcoolisme. Parce que le voici mort enfin, son fils peut désormais prendre le temps de la contemplation, sans haine mais avec hargne, de ce monstre banal, égoïste qui n'avait même pas l'excuse de la bêtise, hableur, violent au point de mettre en danger le vie de son fils, mari épouvantable d'une femme tétanisée par l'image du devoir qu'elle s'est forgée. Cette Lettre au père résonne d'accents multiples qui vont de la colère à l'abattement, car en nous racontant cet homme, c'est bien entendu son mal-être que l'auteur ausculte, sa lente chute vers l'auto-destruction, ses délires de drogué, cette envie de renoncer que la littérature viendra surmonter. Le malaise qui nous parcourt à la lecture de ce livre vibrant ne nous empêche jamais de le poursuivre, fiévreux de ces aventures sans grandeur, de ce drame terrible transformé en destin. Leçon de vie et de littérature, expérience autofictive magnifique, Un mensonge sur mon père mériterait que l'on s'y penche avec une attention que ce mince billet n'autorise pas.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !