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Mon temps libre - Samy Langeraert

Mon temps libre.jpg
Une parenthèse berlinoise qui fait s'arrêter le temps.
Une actualité de Anaïs
Publié le 08/01/2019
Les éditions Verdier nous offrent un premier roman épuré, à qui nous ne donnerons pas la scolaire étiquette "d'exercice de style" parce que nous avons trop envie que le lignes qui suivent vous mettent en appétit - et qui pourtant, mériterait cette reconnaissance du travail de la langue.
Après une rupture dont nous ne saurons rien, sinon qu'elle s'est produite entre le narrateur et M. - cette initiale charismatique, lettre majuscule et petit point, tellement mystérieuse qu'il faut y mettre son fantasme, chacun le sien, grands yeux bruns et voix grave.
A Berlin, un homme observe son quotidien. Le texte est tout entier pris dans un dénuement choisi, et dans dénuement, retenons la fragile et pure syllabe : nu(e). Nus les murs, nue la lumière. Ne plus faire partie du monde. Observer. Attendre une réaction, froid, chaud. Etre surpris de lire son nom sur le courrier. Disparaître à soi-même. Ne sera que furtivement évoqué l'état de dépression. Dénuement, dénouement, le narrateur semble sous nos yeux devenir fantôme, rappelant le personnage de Chihiro qui, dans le film de Miyazaki, une fois la nuit tombée, commence à disparaître avant qu'Aku ne lui offre de la nourriture de son monde pour lui éviter de disparaître. 
Sur quatre saisons, nous découvrons avec les yeux étonnés de ce narrateur une ville hors de tout cliché, mosaïque de détails, d'oiseaux (nombreux), de cigarette refusée, de passants, de temps qui passe, de temps libre. Temps libre ; libéré de quoi ? 

Retenons aussi cet extrait, alors que l'homme écoute des journalistes rendre compte de l'actualité : 

"A force de les entendre, on finit par comprendre que derrière la façade des guerres, des crises, des prix Nobel, au-delà de la "montée de l'extrême-droite" et de "défis de la monsdalisation" il n'y a au fond qu'une chose qui importe : faire résonner encore et encore dans les cuisines, les chambres, les habitacles des voitures ce rythme-là, cette façon-là de parler la langue, ces questions rhétoriques, ces et ces accentuations fantaisistes."

On peut alors penser à Genette, au "medialecte" et puis bien, sûr, et pour toujours, tatoué sous la peau de chaque lecteur, Claude Simon: "Le sujet d'un roman, c'est l'écriture".

Bibliographie