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Mon triste oranger

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 02/01/2015

Larry Tremblay - Copyright Le DevoirEn un lieu en apparence indéterminé, une famille est secouée par l'annonce d'une nouvelle tragique. Une bombe a fait exploser la maison des parents de Zahed. C'était en pleine nuit. Le couple n'était malheureusement ni en voyage ni en déplacement. Si cet événement est évidemment rageant, il n'a en soi rien de très étonnant : le pays est ravagé par la guerre. Ce sont donc des choses qui arrivent. Mais au lieu de laisser Zahed et les siens faire leur deuil, un étranger va s'empresser d'éveiller leur sentiment d'injustice et leur besoin de vengeance. C'est ainsi que Zahed se voit confier une ceinture d'explosifs avec comme mission de décider lequel de ses enfants aura l'honneur de mourir en martyr, accomplissant par là même un acte héroïque qui lui donnera directement accès au paradis. Zahed et Tamara ont deux jumeaux de neuf ans, Aziz et Amir. Après avoir bien réfléchi, mais sans pour autant avoir envisagé une seule seconde de s'opposer à cette requête, Zahed fait un choix rationnel qui va évidemment achever de détruire ce qu'il restait de sa famille.

Avec son titre faussement idyllique, L'orangeraie (éd. de La Table Rondeest une fable sur l'absurdité et l'horreur de la guerre. Bien que son auteur, le dramaturge et romancier québécois Larry Tremblay, cultive avec soin l'imprécision topographique, le lecteur comprend rapidement qu'il s'agit du conflit israélo-palestinien. Est-ce grâce à son économie de mots, ou à la tension narrative qui le traverse de bout en bout ? Ce court roman se lit en souffle, presque en apnée. Depuis sa parution au Québec en octobre dernier, son efficacité et sa puissance d'évocation ont su séduire les lecteurs (il a notamment reçu le Prix des libraires du Québec). Il y a fort à parier que les lecteurs français y seront également sensibles. Et sans doute trouveront-ils que L'orangeraie est à cette guerre sans fin ce que Le garçon en pyjama rayé de John Boyne est à la Shoah, avec en sus une réflexion sous-jacente sur la légitimité de l'écrivain étranger sur de tels sujets.

F.A.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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