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Mort au jardin

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Une actualité de David V.
Publié le 09/05/2013

vbf.jpgAvec sa brouette pleine et ses outils qui en dépassent sur fond blanc, voilà un livre qui pourrait passer pour bien plus humble qu'il ne l'est en fait. Mort d'un jardinier de Lucien Suel qui vient de paraître à La Table ronde n'est pas de ces romans dans l'air du temps qui nous invitent à cultiver notre jardin pour fuir l'atroce bruit du monde, il ne flatte pas notre penchant pour la pelouse bien entretenue ou le verger à confitures. Non, Mort d'un jardinier, un titre qui inquiète et nous parle d'entrée de disparition quand le thème du jardin invite spontanément chez nous à l'idée de renaissance permanente, est un texte magnifique, écrit à la deuxième personne, qui convoque, au moment du départ d'un homme vers cet ailleurs sans réponse, toute sa vie surgissant comme une vague dans sa conscience souvent ouverte à tous les souvenirs, toutes les réminiscences. Au cœur du "temps des mourants", ces dernières minutes de lent défilement, l'homme du jardin souffre et espère jusqu'au bout le secours, perdu comme un nouveau né abandonné au milieu des choux. Nous savons que personne ne viendra, que cette voix qui chantonnait sans cesse des refrains de jazz va s'éteindre et laisser dans le silence s'élever la voix du rouge-gorge insensible. Livre sublimement lent qui prend le temps de décrire les gestes de celui qui connaît le battement intime d'une terre d'à peine quelques dizaines de mètres carrés, ce roman élève avec délicatesse le monument d'un homme humble qui a choisi la beauté, qui se souvient des livres lus et aimés, des musiques entendues et enchanteuses, des rencontres et des épiphanies qui donnent un sens à la vie. La phrase de Suel est sinueuse sans jamais être encombrée, elle déploie son charme et sa précision, s'enrichissant des mots communs comme un poète le ferait. Happé par sa mélodie qui ne cède jamais au refrain sirupeux, qui suit sa ligne claire, on refuse de lâcher ce texte qui ne nous a pas trahi. Les poètes qui deviennent romanciers sont rares ou ennuyeux, Lucien Suel, dont nous ne savions que fort peu, fait mentir cette règle, et c'en est une vraie joie, sincère.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?