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Murdo Munro, incendiaire

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Une actualité de David V.
Publié le 24/08/2013

une barque en EcosseOn peut choisir de partir pour mourir un peu. Ou pour tenter in extremis de se sauver. On peut aussi partir sans y avoir réfléchi, parce que soudain l'insupportable de sa condition vous prend à la gorge. C'est ce qui arrive un matin à Murdo Munro, un homme de près de soixante ans qui porte son existence comme une croix dont il ne comprend pas le sens, marié à une femme qui oublia très vite de l'aimer pour se consacrer à l'amour exclusif de sa fille, travailleur de peine qui ne possède même pas la maison où il subit son enfer quotidien. Sauf que Murdo prend cette décision au moment le plus inattendu mais aussi le plus théâtral, le jour du mariage de cette fille à qui il aurait tout donné mais qui le méprise, en pleine célébration. Et pour ne pas être tenté de revenir, de subir la honte du repentir et des excuses, il met le feu à ce home, sweet home, décoré par sa femme et qui l'écoeure. Puis il fuit, ivre de cette liberté de galoper et sans réfléchir. Nous sommes sur la côte Ouest de l'Ecosse, dans une île et il comprend vite que son geste, mélange de fierté et de désespoir, en fait un criminel dans un pays où tout le monde se connaît et où, si la nature est grandiose, elle ne pardonne pas les gestes inconsidérés. Démuni, fatigué, sans trop d'illusion, vaillant mais sans autre repère qu'une soeur qu'il n'a pas vue depuis dix ans, il force sa chance. Ce mince argument romanesque va permettre à Dominic Cooper, qui nous avait soufflé avec son précédent livre, pas moins cruel, Le coeur de l'hiver, de composer une variation sur le thème de l'angoisse de vivre à partir d'un personnage incapable de réellement penser ses actes. Intuitif, proche de la nature, capable d'en saisir la grandeur impitoyable, Murdo Munro découvre cependant sa cruauté silencieuse car nul ne répond à sa plainte, nul n'entend sa détresse. Et cette sérénité que les éléments paraissent combiner sous ses yeux ne lui est d'aucun secours. Perdu dans le silence d'un infini qui ne s'explique pas, pris en otage par un corps qui ne répond plus toujours, sentant approcher une vieillesse inconsolante, il s'enivre, éperdu, de ces grands espaces que Cooper décrit avec une force et une simplicité qui laissent pantois. Vers l'aube est un roman crépusculaire qui nous raconte que la blancheur qui suit la nuit profonde n'est pas de réconfort, un roman sans ironie, ce qui fait parfois un bien fou, un roman âpre et beau sans une once de complaisance, un roman où la nature n'est pas sottement magnifiée comme toute une littérature américaine nous en accable. Bref Vers l'aube est un roman indispensable ; donc il passera inaperçu...

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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