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Ne pas surseoir à Choir

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Une actualité de David V.
Publié le 21/09/2013

Eric Chevillard  copyright J.-L. Bertini/OpaleGrand jour pour les amateurs d'Eric Chevillard, petit (pas si petit cependant) groupe d'irréductibles qui suivent avec attention les méandres littéraires de son fleuve absolument unique dans le paysage uniforme des Lettres françaises : son nouveau roman est tombé du camion ce matin et nous nous sommes dépêchés de le mettre en table...hier, car déjà, depuis une semaine, des impatients le réclamaient qui s'étaient trop vite habitués à son rythme annuel. La pause a été plus longue que prévu, même si Chevillard ne s'interrompt jamais comme le prouve son génial autofictif d'internet repris en volume (et donc supprimé de la toile aussitôt...) par un petit éditeur... qui ne craint pas d'affronter ce que d'aucuns appellent un paradoxe éditorial quand il ne s'agit en fait, simplement et nécessairement, que de la matérialisation d'une oeuvre d'abord née sur internet pour mûrir et vieillir (ou pas) sur des étagères. Outre cet Autofictif voit une loutre, toujours aussi drôle et percutant, voici Choir, l'opus noir du génie dijonnais. On va sans aucun doute parler à son propos d'avatar beckettien et il est à peu près certain que c'est une des rares filiations que l'auteur revendique. Les personnages englués de l'île de Choir nous rappellent certains êtres coincés dans le sol du prophète Samuel et ils ratiocinent à l'infini, ils tournent sur eux-mêmes, incapables qu'ils sont de s'envoler de cette malédiction insulaire où il est fréquent qu'un avion vienne se crasher. Livre de la condamnation, livre de l'absolu, du refus du romanesque, livre total qui enduit de poussière la métaphysique qu'il illustre, livre du désespoir absolu (et donc de la lumière qui s'y dérobe), livre-suicide où l'auteur va au bout d'une idée sans dévier mais sans se prendre les pieds dans l'illusion qu'il produit, livre jusqu'au-boutiste épuisant dont on ressort lessivé (ce qui n'appartient qu'aux oeuvres fortes) et stupéfait, Choir n'est pas une satire, il ne se moque pas de nous (ou alors tout le temps), ne fait pas miroir avec notre monde de sables mouvants. C'est là qu'il s'impose justement, dans sa folle ambition de ne pas se servir de la littérature mais de servir la littérature en lui donnant ce rôle de décrire l'impossible, de décrire ce qui s'effondre sans avoir jamais existé, d'utiliser tous les registres et surtout les moins évidents pour conter la déréliction la plus sinistre. Les amateurs d'Eric Chevillard vont se prendre une belle claque, certains vont tordre du nez devant cet humour d'une profondeur abyssale, mais parmi eux, les plus fervents ou ceux qui savent que cet excessif ne fait pas dans la demi-mesure, il y en aura pour saluer une oeuvre fondamentale. Et si avec ça on ne vous a pas fait peur...

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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