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Noir toscan

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 24/08/2013

AcconaL'on ne saura jamais assez gré à ces quelques écrivains d'Europe méridionale de réussir le pari de nous plonger dans un univers en parfaite rupture avec ce que nous connaissons, univers qui se veut souvent rural et intemporel, baignant dans une atmosphère où l'on décèle une certaine forme de lyrisme et de magie. Du côté des Espagnols, viennent alors à l'esprit des noms comme celui de Julio Llamazares, à qui l'on doit ce texte remarquable intitulé La pluie jaune, qui vient - enfin - de sortir en poche. Du côté des Italiens, on pense par exemple à L'île de Giani Stuparich, à Silvio D'Arzo pour Maison des autres (1), à Dario Franceschini pour Dans les veines ce fleuve d'argent ou encore aux romans de Milena Agus (2). Désormais, on peut aussi ajouter le nom de Anna Luisa Pignatelli à cette liste qui n'a évidemment rien d'exhaustif.

Puisant son inspiration dans sa terre natale, Anna Luisa Pignatelli écrit essentiellement sur la Toscane, notamment la région désertique d'Accona, dans la province de Sienne. Après Les grands enfants et Le dernier fief, que les éditions de La Différence rééditent dans leur collection de poche Minos, Noir toscan raconte l'histoire d'un vieil homme originaire du Sud qui s'installe à Accona.  "Très vite ils s'étaient mis à l'appeler Noir, peut-être à cause de son caractère ombrageux, peut-être parce que, n'étant pas né sur cette terre, son passé leur échappait, s'enveloppait de brumes. Quand il s'était aperçu qu'ils le surnommaient ainsi ça l'avait énervé, et puis il avait lui-même adopté ce surnom si approprié à sa nature, s'identifiant au sobriquet plus qu'au nom que lui avaient légué ses parents." Contrairement aux gens de la région, qui pratiquent encore massivement le métayage, il décide de faire l'acquisition d'une terre jusque là très prisée des chasseurs. Désormais seul après la mort de sa femme et le départ pour Milan de leur fils unique, fatalement attiré par la ville, Noir se retrouve en butte à l'hostilité des villageois, à de rares exceptions près. De toutes les manières, loin d'être un philanthrope, cet homme austère n'est à l'aise que dans la Nature. En effet, "Noir vivait en harmonie avec les animaux, comme s'il était pétri de la même argile. C'était avec les hommes que les choses tournaient mal." Aussi réagit-il à l'inverse des villageois le jour où il se rend compte qu'un loup rôde dans les parages : au lieu de traquer l'animal, il se met à le nourrir, réalisant sans doute qu'ils ne sont pas si différents l'un de l'autre...

Vous l'aurez compris, l'auteur nous emmène dans un monde rural dont les jours sont plus que comptés, au coeur de ce qui constitue l'un des derniers bastions de cultivateurs terriens. On retrouve dans Noir toscan un certain nombre de valeurs ancestrales qui n'ont presque plus cours aujourd'hui que dans des îlots de résistance isolés face à un monde en proie à un modernisme et à une urbanisation galopants. Ce petit livre offre alors à son lecteur une occasion d'effectuer un retour à l'essentiel, bercé que l'on est par la voix "insolite, lyrique, mordante et désolée" (3) de Anna Luisa Pignatelli (4).


(1) Petit clin d'oeil au podium que nous consacrons depuis quelques semaines à la maison d'édition Verdier, qui fête cette année son trentième anniversaire. (2) Qu'attendez-vous pour lire Mal de pierre ? Maintenant qu'il est sorti en poche, vous n'avez plus d'excuse ! (3) Telle est l'appréciation de l'un des plus grands noms des Lettres italiennes contemporaines, à savoir Antonio Tabucchi. (4) Notons enfin que Noir toscan fait partie de la première sélection du prix Fémina.
F.A.

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