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Nourrir l'espérance

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Une actualité de Véronique D.
Publié le 20/08/2015

benameur« Je rentre ». Deux mots comme un mantra. Répétés pour mieux y croire. Après des mois de captivité, Etienne, photographe de guerre, est libéré. Du moins rentre t-il chez lui, au village, auprès de sa mère tremblante d’émotions contenues. Il retrouve les siens, le goût de l’enfance et de ces territoires inlassablement explorés : quoi de plus apaisant que cette nature inchangée, sombre et fraîche comme un refuge, un monde sans pensée où l’espace de la mémoire se déploie ? Il y retrouve ceux qui ne sont jamais partis, qui n’ont pas eu comme lui cette nécessité de se frotter au monde et à son chaos, comme si vivre était soumis à ce formidable carburant que procure le danger, la violence et la mort. Mais revenir suffit-il à trouver la paix alors que le goût de la guerre et de la violence vous a si longtemps été nécessaire, comme un étrange aimant ? « Le remuement est à l’œuvre » et touche non seulement Etienne mais aussi ses proches : sa mère et ses deux amis d’enfance Enzo et Jofranka. Qui sont les héros ? Ceux qui partent, ou ceux qui restent ?

Dans Otages intimes, Jeanne Benameur explore avec finesse les parts d’ombre de chacun, transformant ces destins singuliers en figures universelles. Comme dans ses précédents romans, la phrase de Jeanne Benameur est courte, ramassée, se passe volontiers de virgules comme si le souffle était tout entier dans la tension, dans l’écoute d’un son intérieur. Les mots sont chargés d’extraire le suc le plus dense, un substrat sur lequel s’enracinent peu à peu les éléments extirpés de cette étrangeté qui nous constitue en partie et vers laquelle il faut aller chercher si on souhaite atteindre cette part de nous qui nous échappe, celle dont nous sommes, souvent sans le savoir, l’otage. Subtile réflexion sur le rapport à la violence et sur la solitude, sur l’amour, l’absence, la fidélité ou encore l’amitié, Otages intimes explore les âmes sans oublier la sensualité des corps. Le désir y est aussi une reconquête, de soi, de l’autre et d’un espace de liberté essentiel. L’auteure de Profanes nous amène au plus près de ces vies tissées de renoncements, d’acceptations, de révoltes, de ces questions qui chavirent pour tant est qu’elles osent fouailler jusque dans l’obscurité et comme un chef de chœur, laisse à entendre chacune de ces voix singulières, qui ensembles, forment un roman polyphonique, fait de résonances puissantes et intenses.

Bibliographie