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On ne parle jamais assez de Le Tellier

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Une actualité de David V.
Publié le 24/08/2013

Depuis les prises d'otages successives de Marc Lévy, Guillaume Musso et Anna Gavalda, il est de moins en moins bon ton de parler de littérature sentimentale. C'est en effet le lieu d'expression de tous les clichés, de pas mal de mièvrerie quand il n'est pas simplement question d'une langue pauvrissime. Et on perçoit aisément le tourment des libraires condamnés à devoir trouver à leurs clients des successeurs à ces merveilles qu'il ne faut pourtant pas mépriser (et puis après tout Hervé Le TellierGavalda est un artisan doué, un peu porté sur le bon sentiment, ce qui, en période de cynisme, n'est guère pardonné par les faiseurs d'opinion). Tout cela pour vous parler d'Hervé Le Tellier qui se passerait volontiers d'une introduction pareille. Car s'il y a bien une catégorie à laquelle échappe pour l'heure cet auteur c'est bien celle d'écrivain sentimental. Membre de l'OULIPO (ouvroir de Littérature potentielle) qui l'a coopté depuis que ses membres ont réalisé que ce jeune homme pratiquait lui aussi une littérature de contrainte, il nous régale de livres absolument réjouissants où son intelligence trouve à s'exercer souvent loin de la forme romanesque. Les mieux disposés se souviennent des Amnésiques n'ont rien vécu d'inoubliable, best-seller du Castor astral où Le Tellier répond des centaines de fois à la réponse "A quoi tu penses ?", la question qui tue devant laquelle son génie de l'à-propos trouve à se déployer. A quoi pensait-il lui justement quand il a accepté de devenir un des fers de lance de la rentrée chez Jean-Claude Lattès ? Qu'on allait le juger parmi les 600 romans qui vont s'abattre sur nos tables et d'où ne surnageront que quelques élus qui flottent mieux que les autres (pas toujours les meilleurs nageurs d'ailleurs) ? Qu'on allait le ranger parmi les néo-sentimentaux ? Ou qu'on allait enfin pouvoir juger qu'à la suite de son petit Je m'attache très facilement qui nous avait réjoui en 2007, cette brève histoire de fiasco sans fioriture, il avait la carure d'un vrai romancier ? Nous l'ignorons mais à nous qui avions adoré Le voleur de nostalgie il y a près de vingt ans il revenait de ne pas hésiter à  plonger dans Assez parlé d'amour, son livre à paraître à la rentrée. Quand on vous parlait d'intelligence, on n'employait pas ce terme, très dangereux, à la légère car on sait à quel point les auteurs dits intelligents sont ennuyeux et ne séduisent souvent qu'eux-mêmes ou en miroir leurs lecteurs fascinés. Mais Le Tellier use de sa grande finesse pour nous charmer avec son histoire de quarantenaires saisis par des coups de foudre qui vont ravager les allées tranquilles de leurs vies ordonnées : l'amour s'invite chez deux hommes et deux femmes, l'un, Thomas, est psychanalyste et va croiser la route de Louise l'avocate pendant qu'Anna, qui est suivie par ce dernier, tombe sur Yves, un écrivain, sorte de frère d'Hervé Le Tellier. A quatre et selon un habile mouvement de va-et-vient (de dominos dirait l'oulipien Le Tellier qui a organisé, de façon presqu'invisble pour nous, son roman selon le principe des dominos abkhazes...), nous allons suivre au plus près les trajectoires de quatre personnages qui vont vaciller, se perdre, se retrouver, faire croiser leurs routes, faire valser leurs hésitations et jouer leur va-tout ou au contraire reculer in extremis devant le terrible précipice qui s'ouvre devant eux : l'amour total. Le Tellier a les qualités du diable qui s'invite dans les consciences amoureuses pour mieux en disséquer les mécanismes, mais il a les vertus du romancier qui aime ses créatures et nous les fait aimer incertaines et fragiles, irritantes et touchantes, lâches et courageuses. Et il fait de nous ses complices, les observateurs du très petit monde qu'il ordonne autour de cette obsession qu'est l'amour, chimère qui jamais ne désarme.On aura soin de ne pas trahir les aléas de cette double histoire mais on aura coeur, le moment venu, de vous inviter à vous en emparer, certains que toutes ces volatiles histoires de coeur sauront trouver le chemin du vôtre...

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?