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Parole de zagoli

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Une actualité de David V.
Publié le 23/09/2014

Debout-payéQui est Gauz ? Que cachent ces quatre lettres sifflantes et ce titre Debout-Payé dont la rumeur enfle ? Un best-seller tout d'abord et finalement pas si inattendu que ça en cette période où la littérature sert souvent des causes diverses, y compris celles de la diversité et de la différence quand ce n'est pas celle de l'exclusion. Pas un journal pour ne pas en parler mais aussi, quel sujet ! Le roman d'un vigile qui ressemble fort à un témoignage mais utilise les voies détournées de la fiction pour mieux nous faire toucher la triste condition de ces travailleurs de l'amer, plantés du matin au soir à l'entrée des magasins, parfois à leur sortie, et chargés de représenter, plutôt passivement, l'ordre et la loi sans posséder le moindre pouvoir. Ossiri, le héros malmené du livre, partait avec un handicap dans son histoire avec la France puisqu'il débarquait sans papier à l'orée des années 90 malgré la longue amitié entre notre pays et la Côte d'Ivoire déjà livrée aux délire de son potentat paranoïaque (pas le plus spectaculaire mais pas le moins persistant). Or s'il y a bien une profession dans laquelle les Africains ont pris position, debout et mal payés, c'est celle de vigile. Depuis des décennies ils se refilent le mot de passe et stationnent, développant une vie intérieure intense et un regard sur notre société dont ils sont les dépositaires discrets. Ossiri sera l'un d'eux, mais lui enregistre, analyse, détaille, observe puis il commente, déduit, raille et ce qu'il nous raconte de notre monde est aussi saisissant que banal, saisissant parce que les vigiles connaissent un pan de l'âme humaine qui n'est pas le plus reluisant, banal parce qu'il faut sa plume acérée pour lui donner de l'intérêt, et pas seulement sociologique. Le livre, qui n'est pas un roman on le répète, fait se succéder des saynètes prises sur le vif, des glossaires très drôles qui nous permettent d'appréhender le vocabulaire drolatique et souvent impitoyable de ces hommes qui ne dorment pas même s'ils en rêvent, des souvenirs sur cette époque où il fallait "envoyer de l'argent au pays". Puzzle qui ne se recompose jamais, Debout-Payé joue la carte du vrac, du décousu, de la bribe, du bref, de l'autobiographie étoilée, et ça marche car Gauz ne donne pas de leçon, il rit face au désastre, celui des siens, de son héros qui s'évapore et celui de ce grand magasin qu'est devenu notre pays qui tourne en rond sans plus se soucier de la sortie. Qui est Gauz ? Vous l'apprendrez au dernier chapitre. Ce zagoli volubile gagne à être connu.

  https://www.youtube.com/watch?v=tpK8XGnFZKk

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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