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Paroles d'adolescents

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Une actualité de Emilie
Publié le 27/01/2016

on inventeraChez Liana Levi, cette rentrée de janvier est belle et bien placée sous le signe de l'adolescence. Près de cinq ans après D'Acier, chef-d'oeuvre de Silvia Avalone qui narrait l'amitié fusionnelle entre deux jeune filles dans une cité ouvrière italienne, les deux romans qui paraissent aujourd'hui sous cet éditeur nous prouvent encore à quel point la jeunesse est, et sera toujours, une intarissable source d'inspiration littéraire.

On inventera bien quelque chose est le premier livre traduit en français de Giorgio Scianna. Nous voilà encore une fois plongés en Italie, à Milan cette fois-ci, où nous suivons Mirko et Tommaso, deux frères âgés respectivement de 11 et 17 ans, que la perte soudaine de leurs parents a évidemment ébranlés. Leur famille proche n'habitant qu'à une cinquantaine de kilomètres, il a été décidé que les garçons resteraient vivre dans l'appartement parental jusqu'à la fin de l'année scolaire. Le quotidien bien rôdé qui leur est imposé - l'école, les devoirs, les courses, les activités sportives - n'empêche pas leurs esprits de bouillonner et si le chagrin ne semble pas explicitement les affecter, les angoisses sont pourtant là : être reconnu et apprécié dans un établissement où le niveau social des élèves est largement supérieur au leur, se faire aimer aussi... Quand les camarades de Tommaso lui proposent une petite virée à 1500 euros pour assister à un match de foot à Madrid, notre héros est prêt à tout, quitte à se mettre en danger.

Roman d'apprentissage où la  tension dramatique monte petit à petit, On inventera bien quelque chose nous livre un portrait sans concession de la jeunesse italienne contemporaine et saisit très justement les failles et les affres de l'adolescence.

géometrieAvec Question de géometrie, Léa Arthémise signe son second roman. Récit urbain lui aussi, le livre semble tout entier articulé autour de la description d'une banlieue, sa succession de quartiers rectilignes qui paraît bien pâle face à la "Capitale" - de quel pays on ne sait pas, mais qu'importe finalement - et aux hypothétiques promesses qu'elle pourrait offrir.

C'est dans ce dédale de rues oppressant qu'évoluent nos trois héros. Bonnie, Alain et Adel fréquentent le même lycée et ont, chacun pour des raisons différentes, "décroché" du système scolaire et du système tout court. Comme un enchaînement de faits inévitables, l'idée de braquer le bar-tabac vient presque tout naturellement. Après le délit, qui ne tourne pas vraiment comme ils l'auraient espéré, vient la cavale. Le jeu tourne court pour Alain, rapidement interpellé par la police, quant à nos deux autres acolytes qui parviennent à fuir vers le bord de la mer, le rêve d'une autre vie s'avère finalement irréalisable.

L'issue sera fatale, immanquablement : Alain est emprisonné, et Adel disparaît. Quant à Bonnie, elle mène une vie trop bien rangée dans son petit pavillon. Leur place, ils ne la trouveront jamais.

Voici donc deux romans qui peuvent nous heurter ou nous bousculer, mais dont on sort immanquablement différent, que l'on soit adulte, adolescent, ou bien parent. Giorgio Scianna et Léa Arthemise font ainsi souffler un vent nouveau dans le paysage littéraire contemporain, et cela fait du bien !

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Libraire, lectrice, mais pas liseuse. @MarilynAnquetil

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !