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Partir ensemble, au chant du coq

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Une actualité de Emilie Dupuch
Publié le 19/05/2016

A l’occasion des 40 ans de la formidable maison d’édition suisse Zoé,  les libraires vous présentent leurs livres préférés au sein d’un catalogue qui parvient à associer redécouverte des grands anciens , (Cendrars, Walser, Bouvier entre autres ) et travail de défrichage d’une littérature contemporaine ouverte au monde et aux différentes formes de littérature.


bouvierQue vous soyez lecteur, voyageur, ou peut être les deux, ce petit texte que les éditions Zoé ont publié pourra vous être précieux. Tous les coqs du matin chantaient constitue, quelques temps avant l'Usage du monde, la première collaboration entre l'écrivain voyageur Nicolas Bouvier et l'illustrateur Thierry Vernet et scelle une profonde amitié ainsi qu'un compagnonnage de route de plusieurs années.

Paru pour la première fois en 1951 sous la forme d'un grand portfolio et tiré à seulement 36 exemplaires, le livre est d'abord destiné à un petit nombre de lecteurs. Les deux amis ont le projet de partir ensemble en Inde, l'ouvrage publié leur permettrait ainsi de faire connaître leur travail dans le milieu littéraire genevois et de récolter un peu d'argent pour financer leur périple.

Le livre contient trois textes de Nicolas Bouvier, deux courtes nouvelles et un poème, qui ouvre le recueil. Aux girouettes qui tournent sur les toits et qui invitent au voyage, à la joie et à l'urgence de partir sur les routes répondent une profonde mélancolie : un vieil homme fatigué de bourlinguer se meurt, un petit singe pour seul confesseur; un gouverneur contemple des hauteurs une ville entièrement vidée de ses habitants, isolé, presque aliéné par le vide qui s'étend autour de lui.  La fable et le symbole ne sont pas loin, et pourtant ces textes vibrent d'une voix singulière et profondément incarnée.

12 gravures illustrent les mots de Bouvier. En quelques traits, Thierry Vernet réussit à évoquer beaucoup: les regards fatigués, la liesse d'un accordéoniste, la langueur d'un couple qui danse, le regard grave d'une petite fille... Des dessins abstraits sont aussi présents, et chacun renvoie d'une certaine manière à la solitude et à l'isolement d'un être.

Les lecteurs de l'Usage du monde retrouveront ici les thèmes fondateurs d'une œuvre commune, marquée par une curiosité profonde pour explorer l'ailleurs et pour sonder l'humain . Les autres liront ce livre comme une très belle introduction pour s'immerger dans un univers où poésie et mélancolie se mêlent intimement. Tous garderont je crois cet ouvrage comme un précieux guide pour partir sur les routes du voyage intérieur de Bouvier...

Bibliographie