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Pas d'inquiétude

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 19/03/2016

De La chambre des parents à Une année étrangère en passant par L'amour est très surestimé, Brigitte Giraud s'est spécialisée dans la description de la douleur, de la maladie et de la mort, le plus souvent dans le bas ou le milieu de l'échelle sociale. Son nouveau roman (à paraître le 1er septembre chez Stock) ne fera pas figure d'exception.

Intitulé Pas d'inquiétude, ce dernier se présente comme le monologue intérieur d'un père de famille qui vient de faire l'acquisition d'une maison, sans doute au prix de nombreuses privations, pour y emménager avec sa femme et ses deux enfants, Lisa et Mehdi. Mais si cet événement porte bel et bien en lui la promesse d'une nouvelle vie, c'est parce que son existence sera dorénavant marquée par l'angoisse. En effet, peu de temps après ce nouveau départ, on détecte une maladie grave chez Mehdi. De cette "maladie sévère", le lecteur n'apprendra que peu de choses si ce n'est qu'elle nécessite un traitement lourd, avec alternance de périodes d'hospitalisation et de séjours à domicile, qui aura notamment pour conséquences perte de cheveux et vomissements. On se retrouve alors aux premières loges de la détresse d'un parent pour qui la médecine demeure une discipline somme toute très hermétique. N'ayant dès lors d'autre choix que celui de s'inquiéter à son niveau tout en essayant de ne pas céder à la panique, le père de Mehdi, dont on n'apprendra jamais le nom, ni celui de sa femme, souffre rapidement de la modification de son rapport avec son fils. Dans la mesure où il ne peut plus jouer comme avant avec ce dernier, il a l'impression de ne plus rien partager avec lui et devra se réajuster progressivement. Sa femme se trouvant dans une période critique (elle a réussi à quitter son travail à l'usine pour décrocher un emploi temporaire de secrétaire et espère signer un CDI), c'est sur lui que tout repose. Désormais homme au foyer (son médecin a consenti à lui faire un arrêt maladie afin qu'il puisse s'occuper de son fils), il devient un père exclusif guettant les moindres faits et gestes de son fils tandis que celui-ci se replie sur lui-même. Mais à travers la réaction de son propre entourage, professionnel notamment, il réalisera à quel point l'injustice de la maladie peut parfois susciter des élans de solidarité (1).

A travers l'exploration de la relation père-fils (2), Brigitte Giraud nous rappelle une fois de plus à quel point elle excelle dans les descriptions de quotidiens perturbés par les fantômes de la mort ou de la maladie, le tout avec une plume soignée qui égrène les métaphores évocatrices.

(1) Dans la catégorie des romans récents inspirés de faits réels, comme c'est le cas pour celui-ci, on se souvient du texte puissant de Laurent Mauvignier intitulé Ce que j'appelle oubli ou encore du petit roman Nagaski d'Eric Faye. Les romanciers français contemporains trouveraient-ils dans ce modèle (au départ très américain) un rempart contre la tentation de l'auto-fiction ?

(2) On pensera aussi à Tu verras, le dernier roman de Nicolas Fargues.

F.A.

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