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Pas vraiment las

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Une actualité de David V.
Publié le 26/07/2013

Jonathan Ames fait partie de ces auteurs qui ont tous les talents, un peu à la manière des acteurs américains qui savent aussi chanter, danser voire faire de la politique. A l'aise dans tous les genres, il donne l'impression de s'y amuser et d'avoir tout compris des ressorts de chacun, confiant dans l'intelligence de ses lecteurs et dans le goût que certains avouent pour les clichés que véhiculent notamment les "mauvais genres". Avec Tu n'as jamais été vraiment là, qu'éditent les Editions Joëlle Losfeld à la rentrée, il faut admettre qu'il s'en donne à coeur joie en une petite centaine de pages, et le flingue qui crève la couverture est un signe avant-coureur qu'on va rester dans les canons d'un genre où l'on ne mégote pas sur les balles et les coups. Le fantôme de Raymond Chandler hante ces pages où le noir se teinte d'une dérision retenue, avec en supplément une petite pointe de drôlerie à la limite du désespoir qui fait immanquablement penser, comme le souligne son éditeur, à Donald Westlake en son temps peu avare en personnages suicidaires et jusqu'au-boutistes. C'est en tout cas le profil du protagoniste imaginé par Ames : ancien marine d'élite aguerri dans le meurtre autorisé devenu agent du FBI pour des missions troubles, il est désormais à son compte et joue les zorros furtifs pour des commanditaires dont il veut savoir le moins possible. Ultra organisé, presque maniaque, il a découpé sa triste vie afin que ses missions ne lui reviennent pas dans la figure : intermédiaires, procédures, anticipations, plans au cordeau, il veut tout prévoir. La mort qu'il a tant frôlée ne l'inquiète plus et aurait même plutôt tendance à l'attirer, n'était sa vieille mère impotente qui le retient d'accomplir le geste fatal. Désabusé serait un mot bien fade pour évoquer l'absolue désillusion du bonhomme qui n'a plus une once de foi en l'humain dont il a pu mesurer les turpitudes. La solitude lui est mode de survie. Son gagne-pain consiste à aller tirer de l'enfer des gamines que l'on a kidnappées pour les prostituer et les user avant de les abattre, seul crime qui a encore le don de réveiller sa froide colère. C'est en allant délivrer la fille d'un sénateur douteux qu'il va pouvoir juger de l'étendue du Mal et de la nécessité de la violence à lui appliquer. Les monstres cyniques auxquels il va avoir à faire et qui pensent se débarrasser de lui aisément minorent un peu trop ses réflexes et sa combativité. Et puis faut pas toucher à Maman...  Il serait dommage d'en dire plus de peur de dévoiler l'intrigue de ce roman noir qui vire au rouge sang à un rythme éprouvant pour les nerfs : le crescendo final les met à rude épreuve tout en excitant nos mauvais côtés, ceux qui se réjouissent de voir un justicier passer à l'action sans nuance, à la manière d'un Django remis à l'honneur par qui on sait. Jonathan Ames n'est pas dupe de ce plaisir de la tragédie sanglante poussée à son extrémité mais il sait où se situe les limites du bon goût. Vous découvrirez celles-ci en vous emparant de ce petit roman idéal pour une nuit sans lune (à partir du 29 août en librairie).

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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