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Perichon & bouche cousue

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Une actualité de David V.
Publié le 09/05/2013

Samedi soir et des poussièresQuatre ans déjà que Dominique Périchon nous avait cloué le bec avec son roman Motus au Dilettante, premier livre qui se signalait par sa tenue et son style, son art de faire parler un personnage plutôt muet, un ventriloque. Quatre ans plus tard donc et sans cette précipitation qui est bien mauvaise conseillère pour les jeunes écrivains, il revient en cette rentrée de janvier (le 7 pour être exact) avec un nouveau roman qui nous confirme que nous avions raison de croire dans son talent et qu'il a eu raison de ne pas se presser car Samedi soir et des poussières est une véritable réussite, pas d'une franche gaieté mais coupante, aiguisée, où l'on retrouve ce style au cordeau qui faisait le charme du premier. Le "DISCO" de néon qui orne la couverture de ce roman d'à peine 160 pages a le mérite de nous rappeler que si l'on est dans l'univers de "Disco", ce film bien gentil qui transformait les boîtes de nuit de province en lieu de la renaissance personnelle de pauv' gars amochés par une vie sans rêve, on est radicalement dans une autre esthétique et surtout une autre perspective. Le rêve de prince charmant des deux filles, Lydie et la Chatte, que nous allons voir évoluer dans la poussiéreuse lumière du dance floor, a vite fait de se brouiller en sommeil pâteux : quand l'une fait banquette à l'arrière de la boîte, l'autre fait banquette arrière sur le parking. Le soleil pourrait poindre dans la vie de Lydie sous les airs de Marc qui la remarque enfin mais l'éclairage reste artificiel, celui des phares qui illuminent trop tard la trajectoire du "parfait batard" qu'on va ramener sanguinolent aux maîtres déjà privés d'un fils, celui de la télé dans la salon qu'occupe enfin la jeune épouse avec son mari ni trop prince ni trop charmant, celui des écrans de surveillance du même mari qui rêve d'Alerte à Malibu mais ne trinque jamais au sauvetage héroïque qui fera de sa vie un exemple. Quotidien sans rythme, valse ralentie de tortues sans carapace, slow languide, ça danse mal dans la vie des héros de Périchon qui s'enferment dans leurs boîtes intimes : Lydie ne quitte plus sa salle de bain, Marc la rescapée d'une noyade. A vau l'eau la vie des uns et des autres. Et même "le petit parfum des samedis soir au fond des provinces" que peint avec une terrible douceur l'auteur s'évapore.

Interdiction donc de garder bouche cousue sur ce court roman qui installe Périchon Dominique (son vrai nom) sur la play list des espoirs confirmés de la jeune scène littéraire française...

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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