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Poème des livres disparus et autres textes - Joseph Roth

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Une actualité de Marie-Aurélie
Publié le 08/12/2017
Les formidables éditions Héros-Limite publient dix-huit textes autobiographiques de Joseph Roth inédits en France ou bien présentés dans une nouvelle traduction. On les en remercie.
C'est presque amoureusement qu'on découvre une nouvelle publication des éditions Héros-Limite, ce Poème des livres disparus ne déroge pas à la règle. On caresse le livre, on le touche, on l'ouvre, on le lit et le relit.

De Jospeh Roth on connaît La Marche des Radetzky, grande saga familiale sur la chute de l'empire austro-hongrois, mais par delà cette grande fresque, Roth était également journaliste et excellent chroniqueur de son époque et du temps qui passe. Décédé à 44 ans en 1939, l'écrivain s'était déjà exilé d'une Allemagne bientôt nazie. Ses livres furent d'ailleurs brûlés par le régime hitlérien.

Ici sont regroupés dix-huit textes autobiographiques écrits entre 1915 et 1939. Le dernier texte du recueil "Le chêne de Goethe à Buchewald" a d'ailleurs été en partie dicté par Roth quelques jours avant sa mort des suites d'alcoolisme (plus précisément des suites d'un sevrage trop brutal).

La déformation professionnelle nous fera retenir la drôlerie de "Une heure comme libraire volant" :
"Il y avait dans cette boutique pas mal de livres que je n'avais moi-même pas lus mais dont je pouvais bien faire l'article. Et les gens crédules me prirent pour une autorité et achetèrent ce que je leur conseillais." 
Roth passe son heure à se jouer de la clientèle et à toujours proposer un choix fort audacieux au regard de la demande. Dans le passage qui donne son nom au recueil "Poème des livres disparus" l'écrivain se désespère de la déchéance du monde de l'édition et savoure les temps anciens, les vieilles reliures et déplore la surproduction (à l'heure actuelle le pauvre homme doit se retourner dans sa tombe).
"On produit maintenant tant de nouveautés dans la chimie et dans la littérature. On perd "la vue d'ensemble". Et on n'en a d'ailleurs même pas besoin."

Le recueil s'ouvre sur un des plus beaux textes de livre usant à la fois d'un humour féroce et d'une étrange nostalgie que Joseph Roth manie avec ferveur tout au long de ces dix-huit textes.
"Il m'a toujours beaucoup importé de vivre en bons termes avec tous. Car je perçus tôt que malveillance et inimitié peuvent être nuisibles, en particulier l'inimitié des médiocres."

"Je croyais aux forces positives et haïssais les négatives. Je haïssais le diable. Mais je ne croyais en Dieu qu'avec prudence, et sachant pertinemment qu'il n'existait pas, je le priais néanmoins."

On s'amuse également de la nouvelle "Une nuit avec les punaises"  qui relate un souvenir du front de la guerre de 14-18 où Roth se remémore avoir été dévoré par les punaises et déplore selon la formule consacrée que "tant de punaises viennent présenter leur condoléances" dès qu'on en a tué une.

Profondément marqué par son exil et le sentiment de perte Roth évoque cette nostalgie chevillée au corps inhérente à son oeuvre, notamment dans "Histoires de guerre du vent d'automne", "Le théâtre juif de Moscou" ou le magnifique "Trêve face à la destruction" écrit en 1938 dont ce passage symbolise bien toute l'obsession de Roth :

"Maintenant je suis assis face à la place vide et j'écoute les heures couler. On perd une patrie après l'autre, me dis-je. [...] La misère s'est assise à ma table, elle devient toujours plus douce et plus grande, la douleur s'immobilise, elle devient puissante et bonne, la terreur s'abat et ne peut plus terrifier. Et c'est justement ça qui est désolant."

Indispensable.





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