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Prières pour celles qui furent volées

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 06/11/2014

Clement - Prières pour celles qui furent voléesElles s'appellent Paula, Maria Estefani et Ladydi. Elles habitent dans un petit village perché dans les montagnes du Guerrero, dans le sud du Mexique. Attirés par les Etats-Unis et par les promesses d'une vie meilleure, les hommes sont tous partis, les uns après les autres. Ils se sont dirigés vers le nord, en espérant avoir plus de chance que leur voisin d'arriver en vie de l'autre côté du Rio Grande. "Sur nos montagnes il n'y avait pas d'hommes. C'était comme vivre dans un endroit sans arbre. (...) Nos hommes traversaient la rivière jusqu'aux Etats-Unis. Ils trempaient leurs pieds dans l'eau, puis entraient dedans jusqu'à la taille, mais ils étaient morts lorsqu'ils arrivaient de l'autre côté. Dans cette rivière, ils se défaisaient de leur femme et de leurs enfants et entraient dans le grand cimetière américain." Tous les hommes sont partis, alors il n'y a plus personne pour protéger celles qui restent des griffes des criminels. Ils sont partis, alors les femmes ne souhaitent qu'une seule chose - qu'en grandissant, leurs filles deviennent les moins jolies possibles. C'est la seule façon ne ne pas être rongées par l'inquiétude qu'on enlève ces adolescentes à la première occasion pour les revendre sur le marché noir. Alors dans ces familles, on cultive et on se transmet l'art de l'enlaidissement de mère en fille. On se jaunit les dents, on s'habille et se coiffe comme un garçon, on fait même croire qu'on en est un tant que c'est physiquement possible. Et puis quand vient le jour où l'on ne peut plus combattre l'évidence de cette beauté fraîchement éclose, on apprend à se cache sous terre telle une bête apeurée au moindre signe annonciateur d'une visite inopinée.

Deuxième roman de Jennifer Clement après sa très belle Histoire vraie tissée de mensonges (Autrement, 2010), Prières pour celles qui furent volées (Flammarion, 2014) raconte la vie quotidienne de cette communauté de femmes à travers les yeux de la jeune Ladydi, dont le destin est indéniablement appelé à basculer. "Dans ce pays, on peut très bien sortir se promener et tomber sur un énorme iguane, un papayer couvert de dizaines de gros fruits, une immense fourmilière, des plants de marijuana, des pavots ou un cadavre."

Sur fond de violence, de trafic de drogue et de mensonges, ce roman plonge ses lecteurs dans une atmosphère littéraire qui évoque volontiers un croisement subtil entre Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka (Phébus, Prix Fémina étranger 2012) et D'acier de Silvia Avallone (Liana Levi, 2011). En un mot, un roman âpre mais envoûtant dont le charme opère dès les premières pages.

F.A.

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