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Prochain arrêt, Lübeck !

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 24/08/2013

Brigitte GiraudEn cette rentrée 2009, Brigitte Giraud nous emmène dans une petite agglomération portuaire du nord de l'Allemagne, dans laquelle une jeune Française de 17 ans prénommée Laura a décidé de passer un semestre en qualité de jeune fille au pair. Sa famille d'accueil, les Bergen, est constituée des parents et de leurs deux enfants Thomas (14 ans) et Susan (9 ans).

Dès le début, Laura est mal à l'aise. On s'en doute, ses difficultés d'intégration sont pour une bonne part imputables à la barrière de la langue - elle se rend compte que ses compétences linguistiques ne sont pas à la hauteur de ce qu'elle pensait. Mais il lui faut également s'adapter au rythme de cette famille qui n'est pas la sienne. Aussi, elle ne parvient pas immédiatement à identifier clairement les limites de sa mission : en dehors d'accompagner Susan à l'arrêt de bus le matin, et d'aller l'y attendre l'après-midi, faut-il qu'elle effectue certaines tâches ménagères ou qu'elle s'occupe de Thomas ?... Et pour cause, quiconque a déjà vécu une telle expérience comprend avec le recul à quel point la position de la jeune fille au pair peut être délicate, comme l'illustre si bien la phrase suivante : "On n'a pas pas tant besoin d'elle pour le repassage que pour une remise en forme généralisée. On veut une fée, une jeune fille épanouie qui respire la vie à pleins poumons."

Alors qu'elle se fait peu à peu une place au sein de cette cellule familiale dont le bonheur n'est peut-être que de façade, le lecteur comprend mieux ce qui l'a poussée à partir à des centaines de kilomètres de son propre domicile. Il découvre par exemple que ses relations avec sa mère semblent être relativement compliquées, et que l'adolescente concentre toute son affection sur la personne de son frère, avec qui elle entretient une relation épistolaire excessivement suivie. Sans parler de l'événement tragique qui est à l'origine du déséquilibre patent dont souffre cette famille...

On retrouve alors des thèmes que l'on sait chers à celle qui avait obtenu la Bourse Goncourt de la nouvelle en 2008 pour son superbe recueil intitulé L'amour est très surestimé, à savoir la souffrance, le déchirement intérieur ou familial (qu'il s'agisse de séparation ou de mort) et le passage à l'âge adulte. A plus d'un titre, Une année étrangère met l'accent sur les entre-deux, les transitions : Laura est entre deux âges,  entre deux groupes (les enfants, les adultes), ni totalement étrangère, ni membre de la famille. Il constitue alors une sorte de roman d'apprentissage, et ce n'est donc pas une coïncidence si l'un des deux livres de chevet de l'héroïne n'est autre que La montagne magique, ce roman initiatique culte écrit par Thomas Mann. D'ailleurs, entre le fait que l'action se déroule à Lübeck - si le nom de la ville n'est jamais clairement cité, il est bel et bien précisé que les Bergen habitent dans la ville natale du Prix Nobel de Littérature allemand -, le patronyme de ces derniers - pour les non germanophones, Berg signifie montagne -, et le prénom du fils aîné, difficile de ne pas percevoir l'hommage qui est rendu à ce classique de la littérature germanique !

 

S'il n'est certes pas à la hauteur de A présent ou de L'amour est très surestimé, le dernier livre de Brigitte Giraud confirme le talent de cette dernière pour explorer en profondeur la psychologie de personnages qui ont toujours en commun d'avoir vécu une expérience profondément douloureuse. On comprendra dès lors pourquoi Une année étrangère fait partie des livres les plus attendus de la rentrée littéraire Stock, aux côtés notamment des Aimants de Jean-Marc Parisis et de Mère Cuba de Wendy Guerra.

F.A.

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