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Quand Queneau recalait

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Une actualité de David V.
Publié le 19/03/2016

queneau.jpgEn pleine célébration du Centenaire de Gallimard qui se traduira chez Mollat, notamment, par une librairie entièrement consacrée à la célèbre maison au 91 de la rue Porte-Dijeaux avec des conférences d'auteurs (Alban Cerisier pour en évoquer l'histoire, Jean-Christophe Rufin, Benoît Duteurtre, Annie Le Brun et Marie Didier), et la parution d'un recueil anthologique de textes d'auteurs NRF sur Bordeaux et sa région édité par les éditions Mollat sur un choix des libraires de la littérature, Dominique Charnay, un des très bons connaisseurs de l'oeuvre de l'auteur d'Exercices de style, publie le plus étonnant des livres sur ce vaste sujet avec Cher Monsieur Queneau chez Denoël. C'est au coeur des archives que ce journaliste bibliophile est aller dénicher des lettres à la fois banales et hors du commun, celles que Raymond Queneau, lecteur puis membre important du comité de lecture, avait conservées au cours de ces dizaines d'années consacrées à cette tâche à la fois exaltante et pénible, lettres de tous ces apprentis ayant osé l'envoi d'un manuscrit et venant réclamer des comptes, des conseils, ou vantant les qualités de leur prose, des "recalés" refusant l'idée qu'il faut remettre leur ouvrage sur le métier ou le laisser moisir dans le placard des illusions perdues. L'accumulation de toutes ces missives de ceux que Charnay nomme des "romanciers du dimanche" comme il existe des peintres dont on rigole au marché aux puces devant les croutes, soulève à la fois une réelle envie de rire et un sentiment de compassion. Qui étaient-ils ces inconnus pour croire ainsi en leur talent et se montrer si arrogants, si piteux, si pugnaces, si humbles, si menaçants, si mielleux ? A parcourir ces courriers dont nous n'avons pas les réponses (et cela nous invite à imaginer ce que Queneau a pu inventer comme manoeuvres dilatoires, comme excuses, comme explications...) on s'interroge sur la puissance de ce charme qu'est l'écriture : pourquoi écrivaient-ils ? N'est-ce pas une certaine idée de la gloire qu'ils s'inventaient en s'imaginant écrivains ? Comment juger son propre travail ? Comment supporter l'idée que l'on vaut moins qu'on ne rêvait ? Avec ce livre préfacé par Pierre Bergounioux qui nous offre d'ailleurs un texte superbe ouvrant sur la grande question de savoir ce qu'est la Littérature, c'est mieux qu'une anthologie du dérisoire qui nous est proposée, c'est une série d'exercices de style (souvent sans style...) qui s'en vient frôler le coeur de l'existence de ceux pour qui les livres sont le sel de la vie, et il en reste, nous en croisons tous les jours. Cent ans de Gallimard, des dizaines de milliers de livres édités, combien de centaines de milliers de courriers oubliés ?

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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