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Quartier nord

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Une actualité de Emilie Dupuch
Publié le 09/04/2015

On connaît évidemment les frèresauvbervilliersBonneff. Léon et Maurice, nés à la fin du XIXeme siècle, sont des écrivains et journalistes investis qui ont milité pendant toute leur carrière, à travers articles et romans, pour l'amélioration des conditions de travail des ouvriers. Mais comme certains des personnages qu'ils ont croqués au fil de leurs reportages, les deux frères ont connu bien trop jeunes, et à quelques mois d'intervalle, une fin tragique : mobilisés en 1914, au début du conflit, ils sont morts la même année -connaissant ainsi le même sort que Péguy ou La ville de Mirmont.

Ce sont les éditions de l'Arbre vengeur, basées à Bègles depuis peu, qui ont choisi aujourd'hui de rééditer Aubervilliers, grand roman prolétarien de Léon Bonneff -l'aîné des frères. Ce texte étonnant nous  plonge dans la banlieue du début du XXe, au coeur d'une ville "terrible et charmante" : "Terrible" parce que c'est là que sont parqués tous les cadavres d'animaux de la Capitale (les bêtes tuées au labeur, celles jugées par les vétérinaires impropres à la consommation), et "charmante" car les terres y sont particulièrement fertiles...

Au fil des 300 pages, et au regard des illustrations de Nicolas André, Léon Bonneff nous fait suivre le quotidien d'ouvriers modestes : Les baraquements peu isolés -froids en hiver et infestés de punaises l'été, où la promiscuité est partout-  la vie à l'usine, les galères de l'ancien contremaître Michel, de la mère François (dite la mère "Neneuil" car borgne), du Roussi, père de famille nombreuse, de toute une galerie de personnages présentés avec réalisme et sans aucune complaisance. Tranches de vie, anecdotes souvent tragiques, parfois drôles, Léon Bonneff parvient à nous immerger jusqu'au cou dans la vie de ces trimeurs avec autant de talent littéraire que de souffle millitant.

Bibliographie