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Ravalec la façade

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Une actualité de David V.
Publié le 24/08/2013

le-retour-de-lauteur.jpegS'il y a bien une chose que la plupart des auteurs sont incapables de faire, c'est se moquer d'eux-mêmes. Les autres, les confrères, les gratte-papiers, les scribouillards, rassurons-nous, il y a toujours une flèche à leur décocher, un croche-pied à tenter. Mais se juger, se regarder, rire de soi en écrivain, voilà qui est bien plus compliqué. Vincent Ravalec s'était essayé à cet exercice au début de sa carrière lorsqu'il était un jeune écrivain plein d'avenir et de cheveux et que son éditeur n'était pas encore celui d'Anna Gavalda. L'auteur était le titre sobre de son désopilant récit sur ses premiers pas dans le métier : l'épisode de ses deux jours au salon du livre d'une ville improbable du Nord de la France était un grand moment de délire hyperréaliste, on s'en souvient comme si c'était hier. Depuis Ravalec est devenu un polygraphe invétéré dont la bibliographie pourrait laisser penser que c'est un vaillant octogénaire : romans, nouvelles, scénarios, bandes dessinées, films, etc..., il s'essaie à tout avec un appétit qui ne se dément pas. L'aventure avec Le Dilettante en est restée là après six titres colorés, signe peut-être que la nouvelle voie empruntée par l'auteur ne coïncidait plus avec l'image que s'en faisait son premier éditeur. Il faut avouer qu'on avait bien du mal à être convaincu par les dernières expériences littéraires de l'insolent qui nous semblait allègrement divaguer dans des livres écrits un peu à la va-comme-je-te-pousse. C'est dire notre plaisir de le retrouver dans les livres de la rentrée de l'éditeur de la rue Racine (ex-éditeur de la rue Barrault) la suite de ses aventures : prolongeant le jeu, il a intitulé son livre Le retour de  l'auteur, se plaçant d'emblée sur le mode auto-parodique. D'entrée de jeu, il nous confie qu'il s'agit presque d'une commande de Dominique Gaultier, le patron du Dilettante, un petit défi au temps qui a passé, et puis il se lance, nous permettant d'abord de relire après plus de quinze ans les aventures du débutant (et nous confirmons que c'est toujours aussi drôle et que l'hilarité nous a gagné de nouveau), avant d'embrayer sur une suite où il est désormais question de secte, de rites initiatiques délirants, d'errances nocturnes, bref, finies les amusantes et faussement naïves aventures au pays de la notoriété naissante et bienvenue dans l'ère du soupçon total. On suit bien entendu Ravalec pour savoir ce que son imagination, jamais en sommeil, a pu échafauder mais on se rend compte qu'à trop en faire il annihile le charme de son projet.  Ce n'est déjà pas très drôle de vieillir, c'est encore pire quand c'est un livre qui vous le rappelle. Il nous a bien prévenu qu'il a changé et qu'on ne s'est pas fait faute de le lui reprocher. Mais le léger souci de ce livre trop vite ficelé n'est pas là : c'est qu'à trop voir les coutures du sac qui emballe des histoires qu'il ne nous demande même plus de croire, on ne parvient plus à s'y intéresser. L'excès de caricature nuit à la caricature. S'il n'y avait le souvenir des rires provoqués par les premières pages de ce Retour, on serait peut-être plus sévère avec ce livre, et sans doute par dépit de n'avoir pas ri jusqu'au bout, mais ne doit-on pas tout pardonner aux très rares écrivains qui savent rire d'eux-mêmes ?

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?