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Reflex

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Une actualité de Véronique M.
Publié le 26/03/2016

On ne lit pas Reflex comme n'importe quel "thriller" malgré sa mention sur une couverture dont la photo déroute mais ne prendra sens, comme l'intrigue, qu'à la conclusion du roman. Si ce type de polar a le vent en poupe au point de fédérer une communauté de lecteurs, ses auteurs doivent rivaliser d'inventivité pour susciter l'intérêt sans tomber dans le piège artificiel du sensationnel, du scabreux.

Parmi les écrivains de thrillers incisifs, les femmes ne sont pas en reste, reflet de la conquête d'un public de lectrices de plus en plus assidu pour cette littérature  de moins en moins considérée "de genre". Il faut désormais compter avec la discrète Maud Mayeras qui signe, avec Reflex, son deuxième roman après Hématome qui avait crée en 2006 l'engouement de la critique et des lecteurs, au point que votre libraire enthousiaste par sa lecture, va se précipiter pour le lire !

Alors pourquoi ce thriller retient-il notre attention ? Son originalité tient autant à l'histoire qu'à son écriture, particulièrement soignée, ce qui n'est pas fréquemment le cas de ces romans plutôt portés sur l'efficacité narrative, celle qui nous fait tourner fébrilement les pages pour une nuit blanche assurée. Lorsqu' Iris Baudry, photographe  de l'identité judiciaire, est appelée afin de mitrailler à l'aide de son reflex une nouvelle scène de crime, elle ne se doute pas qu'un autre technicien devait intervenir à sa place. Ses collègues voulaient la préserver d'une confrontation avec le cadavre de ce gosse qui lui rappelle celui, insoutenable, de son fils il y a onze ans de cela à cause de la même lacération béante retrouvée sous son bras... Or, un déséquilibré qui était passé aux aveux croupit depuis lors en prison. Qui a contacté Iris pour faire resurgir au-devant de cette scène ce drame que ni son bégaiement ni ses fréquentes virées sur sa moto ne parviennent à en évacuer l'indicible ? Alors que le lecteur suit le chagrin de cette mère ravagée par la perte de Swan et la haine qu'elle semble vouer à une mère qui ne l'a elle-même jamais aimée, une autre histoire, curieuse et envoûtante, va se déployer en parallèle sans que le lien avec Iris ne nous soit révélé avant deux cents pages où toutes les hypothèses vont se bousculer dans notre esprit jamais aussi fécond que celui de l'auteur. En effet, nous voilà plongés en plein cœur d'une famille qui, de 1919 à janvier 2014 va perpétuer et engendrer en "silence" (chaque chapitre qui se déroule dans le passé débute ainsi) une lignée de de victimes et... de monstres jusqu'à la révélation finale qui, comme dans tout bon thriller qui nous maintient en haleine, nous laisse aussi désemparés que conquis par l'imagination et le style de cette jeune écrivain : Maud Mayeras a 32 ans et lui souhaitons le même succès grandissant que cette génération du thriller français, de Franck Thilliez à Karine Giebel par exemple.

  http://youtu.be/_GvmYC4TuGs

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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Une libraire qui aime les chats (surtout le sien !), vénère Proust, et est capable dans un grand éclectisme de se régaler avec un essai critique pointu, un recueil de poésie ou un bon polar !