Rendre leur dignité aux esclaves, tel est l'enjeu du livre de Aline Helg, Plus jamais esclaves ! publié aux éditions La Découverte, et du récit passionnant Les Révoltés de l'Amistad de Marcus Rediker paru au Seuil à l'automne dernier.
Le premier relate l'histoire de l'émancipation des esclaves, obtenue et chèrement payée à coup de luttes et de révoltes mais pas seulement... Certains choisirent l'engagement militaire contre la promesse de la liberté, d'autres réussirent à obtenir l'affranchissement de façon légale. La réalité des esclaves est dure, complexe, tant les conditions de (sur)vie pouvaient différer d'un maître à l'autre. Mais quand bien même le peuple noir était respecté, correctement traité, tous rêvaient légitimement de Liberté.
Cette liberté, les révoltés de l'Amistad, conduits par Cinqué, l'obtiennent grâce à leur mutinerie à bord du négrier espagnol.
Vainqueurs, ils ne parviennent tout de fois pas à ramener le bateau en Sierra Leone et échouent près des côtes américaines où les attend un long procès de deux ans. L'on apprend alors le récit incroyable de la traversée et l'engouement qu'a suscité leur quête de liberté auprès du peuple américain. Artistes, journaux et soutiens aux défenseurs abolitionnistes furent de plus en plus nombreux et leur permirent d'obtenir le droit de retourner dans leur pays en hommes libres. Grâce à un travail d'archives inédit, Marcus Rediker nous donne à lire et à connaître leurs pensées : qui ils étaient, comment ils vécurent ces multiples événements, et leur rend ainsi leur dignité en racontant leur véridique histoire. Quant au Rire enchaîné publié chez Anarcharsis, c'est une petite pépite, anthologie de l'humour des esclaves noirs américains dont il faut reconnaître la rareté. En effet, ces histories drôles destinées à apporter un vent de légèreté au sein des plantations, étaient de tradition orale. Mais des traces écrites subsistèrent, relatant et rapportant ces fresques humoristiques. Laissez-vous tenter par ce petit recueil vif, intelligent, drôle mais aussi touchant lorsque l'on pense qu'en tout dernier recours il nous reste toujours le rire...