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Retour à un auteur bien-aimé

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Une actualité de Gwénaël Rocher
Publié le 16/03/2016

Karel SchoemanLes lecteurs les plus assidus de notre blog se rappelleront peut-être l'article que nous avions consacré il y a de cela quelques mois à Karel Schoeman,  talentueux romancier sud-africain qui n'a rien à envier à un André Brink ou à un Coetzee. Retour au pays bien-aimé, troisième roman à sortir en format poche, confirme tout le bien que l'on pense de cet auteur qui se place plus que jamais comme le grand écrivain de langue afrikaans.

Quand George revient en Afrique du Sud, pays qu'il a quitté alors qu'il était encore enfant, il s'attend à retrouver l'image idyllique et florissante de ses souvenirs. Sauf que nous sommes en plein apartheid, avec son lot de violences politiques et sociales et que le rêve colonial tient plus du chaos que de la douce félicité. C'est ce que découvrira George en se rendant à la ferme de son enfance qu'il vient d'hériter de ses parents, où il ne retrouvera qu'une ruine battue par les vents. La rencontre de voisins chez qui il séjournera confirmera le malaise profond qui gagne petit à petit les gens qui n'ont pas pu ou pas su partir à temps, avant d'assister impuissants au sombre spectacle de la désolation dont ils sont eux-mêmes acteurs et victimes. George comprendra qu'il restera, aux yeux des familles demeurées au pays, celui qui a fui, celui que l'on maudit et jalouse à la fois.

"Apartheid" signifie en afrikaans "séparation, mise en part". Ce roman démontre bien que cette politique de développement séparé selon de vils critères raciaux affecte aussi, en les contaminant, des individus du même groupe ethnique et que cette "mise à part" se multiplie à l'infini, jusqu'à laisser des hommes esseulés avec pour seul sentiment commun la nostalgie d'un monde perdu.

La plume de Karel Schoeman renferme une violence contenue. Le cri de désespoir se perd dans l'immensité du veld et seuls les fantômes semblent en mesure de les entendre. En lisant ce magnifique roman, on songe au titre d'un des premiers romans de Cormac McCarthy - l'obscurité du dehors - et on se dit que les grands espaces peuvent aussi sembler bien étouffants.Retour au pays bien-aimé

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?