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Rêves oubliés

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Une actualité de Fleur Aldebert
Publié le 29/05/2013

Ils ont traversé la frontière à Béhobie. Toute une famille marchant tranquillement sur un pont reliant Irun et Hendaye, comme si de rien n'était, comme s'ils allaient tout simplement pique-niquer sur les berges du fleuve. Sauf que ceux-là laissent derrière eux le souvenir d'une vie qu'ils ne sont pas sûrs de retrouver. Fuyant les avancées du franquisme en ce début d'année 1936, ils sont partis précipitamment. D'abord Ama, les trois garçons, les grands-parents et les oncles, puis Aïta parviendra à les rejoindre en France sans trop de difficultés. Il leur faudra alors s'adapter, ne pas être trop regardant sur les conditions de logement, accepter le premier travail qui vient même, et surtout, se faire oublier. Mais ce serait sans compter sur les autorités locales qui, après avoir accueilli sans trop broncher les premiers réfugiés, vont finalement changer leur fusil d'épaule quand ils mesureront l'ampleur du phénomène. Il s'agira alors de parquer tous ces réfugiés, d'aller les chercher partout où ils se cachent pour les interner dans des camps, celui de Gurs notamment.

Premier roman d'une jeune violoniste virtuose, ces Rêves oubliés qui viennent enrichir l'excellent catalogue de Sabine Wespieser sont ceux d'une famille pour qui "être ensemble, c'est tout ce qui compte". Léonor de Récondo a choisi d'alterner entre un narrateur omniscient et le cahier que tient Ama, pour qui l'écriture devient un rempart indispensable contre la perte de soi. "Iduri, mon tout petit, c'est cela aussi l'exil. Ne pas savoir dire, ne pas être là où nous devrions. Et, à chaque instant, avaler cette honte indigeste qui nous brûle le ventre", écrit-elle en pensant à son petit dernier. L'auteur ne dissimule pas que derrière l'histoire de cette remontée inexorable vers le Nord sans jamais regarder en arrière, jusqu'à trouver un coin de terre où on les laissera enfin en paix, se cache celle de sa propre famille. Et c'est avec une grande finesse qu'elle nous la livre, nous berçant avec son écriture ciselée et très visuelle qui donne vie à un assemblage quelque peu impressionniste de scènes inoubliables.

F.A.

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"Jeune fille", lectrice de "Roman(s) russe(s)" ou de "Chef (s) -d'oeuvre inconnu(s)", j'aime "Mes amis", "Courir", "Penser/classer" et je lis en toute "Saisons". Au "Square", "Des journées entières dans les arbres", sur "La Côte sauvage", "Le Livre" est "Auprès de moi toujours". Des oeuvres d'Anne Wiazemsky, Emmanuel Carrère, Honoré de Balzac, Emmanuel Bove, Jean Echenoz, Georges Perec, Maurice Pons, Marguerite Duras, Jean-René Huguenin, René Belletto et Kazuo Ishiguro se cachent dans ce petit texte, saurez vous les retrouver ?

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